
D. est d’un calme extraordinaire.
Un gamin poli, agréable et respectueux, qui n’est pas départi d’humour. Ses résultats oscillent entre le correct et le moyen. Le genre d’élève qui reste flou sur mon radar. Il y en a tellement d’autres qui réclament, qui exigent de l’attention.
Et puis il y a la remise des bulletins.
La voix du papa de D. s’enfle et se brise d’impuissance. Il est furieux contre son fils mais a saisi que cette colère est inutile. Furieux, il m’explique l’addiction de son fils aux jeux vidéo. Ça dure depuis des années, il le répète tous les ans à ses professeurs principaux. Il a tout tenté, le dialogue, les ordres, la confiscation des objets incriminés. Rien à faire. Dès qu’il y a de nouveau accès, D. étiole ses nuits devant les écrans. “S’il vous plaît dites-lui, vous.”
J’ai proposé à D. de tenir un journal de ses heures de coucher. Juste comme ça. Pour voir. Promis, D., je n’en parlerai pas à votre papa.
Hier, il vient me rendre la feuille de papier qu’il a précieusement conservée dans son carnet de correspondance. Je consulte le document en essayant très fort de ne pas laisser tomber ma mâchoire sur le bureau.
Lundi : 1h30
Mardi : 23h30
Mercredi : 3h45
Jeudi : 2h10
Va falloir agir et vite. Continuer le travail avec les autres adultes du collège, contacter les associations, parler avec D. dont la bouille placide se contracte dès qu’on lui parle de “problème”, de “comportement dangereux” ou tout simplement de “réduire la dose”. “Mais je travaille bien, monsieur !” proteste-t-il d’un ton toujours égal.
Nouvelle mission inédite : rendre ses nuits à un élève.