
Depuis une semaine, mes rêves sont une succession de séquences où je change de carrière. J’ai successivement été médecin, chauffeur routier, menuisier, journaliste international, sorcière, chanteuse, sportif et assistant maternel.
Souvenir : je suis devant mon écran d’ordinateur, de retour d’une balade au bord de la mer à Carantec. Résultats du CAPES, je suis admis. Je me promets que je ne resterai pas prof plus de dix ans. C’était une bravade, je suppose. Mais, à deux années de la date fatidique, il faut croire que mon inconscient se souvient, et demande si, malgré mon détachement de façade, mon discours qui consiste à clamer à qui veut l’entendre que je suis prof, mais que ça n’est pas l’essentiel, je serai capable de lâcher ce boulot-là pour autre chose.
Et puis sur mon ordinateur un fichier ouvert : du travail pour B. qui est exclu pour la semaine. B. que je ne parviens toujours pas à comprendre. Perdu dans son apocalypse adolescente, il est à la fois capable d’être une terreur pour ses camarades et ses enseignants, tout comme un soutien irremplaçable quand il le décide. Je veux aller jusqu’au bout de l’énigme, je veux savoir ce qui fait que B. se comporte comme ça.
Je ne brise pas les promesses que je me fais. Mais là, tout seul devant ma tasse de thé, encore groggy de la soirée bien arrosée de la veille, je me dis que celle-là risque d’être bien difficile à tenir.