
Last day.
Une heure de cours de 8h30 à 9h30 et une autre de 16h à 17h.
Et, évidemment, entre les deux, pas une minute.
Surveillance du brevet d’Histoire Géographie. Les mômes ont deux heures pour composer, 90% ont fini au bout d’une heure. Je me mets à suer à grosses gouttes en me rendant compte qu’ils sont désormais en vacances et qu’il nous a été demandé de les garder jusqu’à la fin de l’horaire. Je me retrouve donc lancé dans ce qui ressemble au pire one man show du monde, où j’alterne conseils pédagogiques (”Mais relisez-voooooous !” “Vous êtes SÛRS que les dates 1939-1945, vous n’avez jamais vu ça en cours ?” “Vous avez pensé à tourner la page ? Ah bah oui, il y a d’autres questions derrière.”), blagounettes, questions sur les vacances et conseils de films à regarder pendant la période qui s’annonce.
Je finis par les lâcher dans un mugissement adolescent. Ils reviendront dans deux semaines (ou la semaine prochaine pour ceux qui font l’école ouverte), autant dire l’éternité.
L’après-midi, tandis que je classe les copies de brevet blanc, quelques bruits discrets dans le couloir. Deux élèves de troisième, dont B. que je n’ai pas vu depuis plusieurs jours du fait d’une exclusion temporaire.
“Ben, vous n’êtes pas en avance ?”
Parfois, ma propension à mettre les pieds dans le plat tient de la magie. Les deux mômes se renfrognent.
“On a loupé une épreuve du brevet et on devait la passer là.
– Et ?
– Il n’y a personne pour nous accueillir.”
Je me retrouve donc à coacher M. et B. qui composent dans un silence morne. M. s’en fout. Je la connais depuis deux ans. Elle sait pourquoi elle est là. Le collège ne lui convient pas mais elle fait contre mauvaise fortune bon coeur, et sait qu’elle entamera l’année prochaine les études d’informatique dont elle rêve.
Pour B., c’est plus dur. Il grogne et se tortille sur sa chaise. Il bosse à peine.
Alors, au mépris du protocole, je commence à parler avec lui. À faire semblant de pester sur les copies que je corrige. À l’encourager discrètement. Et ça marche. B. existe dans le regard de quelqu’un, donc il fait un effort. Le soir je note son brevet : 18,75/40, plus du double de la dernière fois. Multiplication opérée uniquement par ce dévorant besoin d’exister.
Dernière heure de cours, à laquelle T. vient assister. Je ne suis plus en état d’assurer une heure normale, les mômes non plus, et mon collègue assiste, quelque peu estomaqué, à ces mômes qui se bidonnent en décalquant des dessins et en se posant des questions sur les temps du passé.
Et puis vacances.
Putain il était temps.