Samedi 7 mai

Je n’ai pas ouvert ma messagerie élève depuis le début du week-end. Elle explose littéralement en questions existentielles angoissées.

L. me demande quel est le sujet de son exposé en latin déjà, celui qu’elle doit présenter lundi (exposé sur lequel elle devrait bosser depuis deux semaines environ.)

S. veut savoir si la prof d’Histoire Géo ne s’est pas trompée dans le travail qu’elle lui a donné, parce qu’Internet ne lui donne aucune indication et qu’Internet ne trouve RIEN, ça n’est pas possible.

A. m’écrit qu’elle a perdu ses identifiant de messagerie et qu’il les lui faut impérativement. Je suis tenté de lui demander COMMENT, elle a fait, en ce cas, pour m’écrire, mais j’ai peur de créer un paradoxe temporel qui détruirait la civilisation.

L. (un autre) voudrait savoir si j’ai retrouvé sons stylo quatre couleurs dans ma salle l’autre fois parce qu’il était tout neuf et qu’il va trooooooop se faire tuer par ses parents s’il ne l’a pas lundi.

B. me demande, comme toutes les semaines, si elle peut arrêter le latin. Je ne réponds plus, parce qu’elle arrivera mardi en m’expliquant que, finalement, elle préfère rester et que ses copines sont trop bêtes à vouloir abandonner, d’abord.

M. m’explique qu’elle a – encore – changé d’avis sur son orientation et me demande si, finalement, partir en internat ne conviendrait pas mieux à sa personnalité. Je résiste très fort à l’envie de lui facturer mes réponses au tarif de 2 euros (envoie PSYCHANALYSE au 8 15 15, Monsieur Samovar apaise tes troubles existentiels).

Tant de petits mots pétris d’angoisse, de curiosité ou, tout simplement, d’envie de garder un lien avec le bahut. Je réponds à mon courrier virtuel avec un sourire coupable. Ils devraient être capables de se débrouiller seuls, ces mômes. Mais putain qu’est-ce qu’ils sont attachants.

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