Lundi 16 mai

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Nous sommes entrés dans l’ère du Joyeux Chaos.

Le Joyeux Chaos : cette période où la fin de l’année se fait sentir. Quelque chose de subtil, de fugace, qui se lit dans le temps qu’il fait, l’attitude des mômes, l’humeur des collègues. Le Joyeux Chaos qui s’écrit sur les murs en liège de la salle des professeurs : “Planning des conseils de classe du troisième trimestre” (les derniers de l’année), “Réunion d’orientation des troisièmes”, “Conseil pédagogique de préparation de l’année prochaine.”

Il y a des moments d’affolement : le programme ne sera jamais terminé, surtout en Histoire-Géo. E. ne parviendra jamais à décrocher un établissement qui voudra bien de lui, vu son peu d’investissement. Il va falloir ouvrir une nouvelle section de sixième. Malgré tout, une grand confiance, douce et forte, plane sur ces problèmes. Nous sommes au mois de mai : les mésaventures auront fort à faire pour nous ébranler. L’année 2015-2016 est un roman qui s’est suffisamment écrit pour supporter l’imprévu. Nous avons appris à rire de nos faiblesses, la désorganisation chronique du bahut, les quelques conflit qui subsistent et même les classes les plus difficiles.

Ils n’ont jamais été aussi beaux, mes compagnons d’armes, avec leurs yeux brillants et leurs sourires un peu fatigués. Ils sont totalement présents à leur boulot et pourtant, une partie d’eux se déploie. Vers leurs projets de l’année prochaine ou l’ailleurs où les conduira une mutation obtenue. Obscurément, et même si Ylisse n’est pas toujours drôle, je pense qu’ils profitent de ces dernières semaines. Plus lumineuses, tout à la fois douces et intenses.

À T. qui me demande comment j’envisage mes cours pour cette dernière période, j’explique que je fonctionne de plus en plus selon ce qui sera, je l’espère, ma façon de faire quand je ne serai plus un débutant : en réaction aux mômes. Les premières minutes du cours, prendre la température de la classe. Apercevoir dans les gestes, les mots des uns et des autres l’envie de se lancer dans un travail individuel ou en groupe. Comprendre le besoin de tâches très encadrées ou la possibilité de travailler de façon féconde et libre.
Et en fonction des thèmes prévus, sortir de ma besace (de ma dropbox en fait. Mais la besace, c’est quand même plus classe) l’activité qui convient. Là aussi, embrasser le Joyeux Chaos. Celui qui nous entraîne, tumultueux et serein, vers la fin d’une année scolaire, autant dire d’un monde, celui qui me pousse à me retourner vers le mois de septembre, neuf mois auparavant. Pour observer celui que j’étais. Les heures passées à enseigner, les rencontres, les imprévus. Lire, dans le regard un peu plus affuté et les nouvelles rides la suite du chemin que je me trace.

Quelle aventure, ce boulot.

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