Dimanche 12 juin

Et le dimanche, j’aimerais qu’on s’évade.

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Ce soir j’avais envie de parler de Victor Hugo, des Travailleurs de la Mer, et comment j’étais tombé amoureux de Gilliat. J’avais envie de parler de la Pieuvre monstrueuse, du vent qui n’a jamais été aussi beau, et de l’infini, j’avais envie de déployer entre ces lignes les grandes ailes du zéphyr.

Et puis le bruit du monde a brisé les vitres. L’immensité a été aspirée, comme par le hublot d’un avion, crevée par les balles tirées à l’autre bout du monde. Et il n’est plus resté que la Pieuvre, dont les tentacules, encore une fois, enserrent.

À nouveau des femmes et des hommes sont tombés. À nouveau les cris, la douleur et les corps qui s’écroulent. Et les images. Et les mots qui s’assemblent, se déforment pour nous peindre à la boue et au sang les instants où.

À Paris, à Bruxelles, à Orlando. Le Mal dessine sa sale géographie et choisit ses victimes. Arbitraires. Parce qu’elles écoutent telle musique, parce qu’elles serrent dans leurs bras des filles ou des garçons, parce qu’elle sont là. Tout simplement. Le Mal qui s’appuie sur des codes qu’il mutile pour dévorer. Des vies, des larmes, des histoires en devenir.

Mais ce Mal n’a pas de sens. Il n’est qu’une pieuvre qui s’immisce dans les failles innombrables du monde qu’on essaye de construire ensemble.
Et qui saisit des visages, des histoires, pour les condamner à la fin.

Ce soir je souhaite. Que ceux que la pieuvre fascinent la voient enfin pour ce qu’elle est, cette créature grotesque, n’ayant d’autre préoccupation que sa survie propre. Ce soir je souhaite. Conserver les regards de ceux qui se sont éteints. Ce soir, à coup de phrases bricolées, mises bout à bout laborieusement, je lie mes doigts à ceux qui ont eu à affronter la pieuvre.

Que ces mots nous ramènent au vent.

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