
Tout le monde ira en Seconde Générale.
Tous les mômes de 3ème Orphée qui en avaient fait la demande, à une exception prêt, E. Donc, pour ne PAS aller en Seconde Générale, tu dois être un élève mutique depuis quatre ans, qui ne rend ses copies qu’une fois toutes les crues de la Seine et qui réussit à rendre hystérique la prof qui s’est dévouée pour te tutorer. Il te faut plafonner à environ 4 de moyenne générale et ne pas avoir validé 99% de tes compétences (le 1% restant étant en gros “respirer” “assurer les fonctions digestives” et “exister”).
Mais pour le reste, tout le monde ira. Et je ne suis pas en colère, je suis perplexe. Perplexe et angoissé.
Perplexe en repensant à cette conversation avec Monsieur Vivi : “On ne sait pas tout. Il faut accepter le fait que ce soit leur choix. Que peut-être qu’ils vont réagir. Que sans doute ça va les réveiller, la seconde générale. Et puis ils sont jeunes, ils ont encore le temps de changer.”
Même si ces arguments sont d’une simplicité désarmante, ils n’en sont pas moins vrais. Accepter que je n’ai pas de la personnalité des chiards que je suivais une vision parfaite, et que, le temps passant, je m’aigris.
Angoissé en m’imaginant mon année de khâgne à Paris. La seule de mes années d’études où j’ai vraiment eu l’impression de ne pas me trouver à ma place. J’ai manqué très peu de cours parce que j’avais été élevé ainsi, parce que j’essayais de ne pas trop réfléchir.
Mais quand je pense à N. qui est capable de cesser tout effort quand elle est fâchée avec une prof, à L. qui en avait marre de travailler au troisième trimestre “qui de toute façon ne sert à rien”, à G. qui bosse tout ce qu’il peut pour se maintenir à un niveau à peine correct… “Mais moi, je ne peux pas expliquer ça avec leurs moyennes générales, Monsieur Samovar !” m’explique Cheffe.
Non. Peut-être que c’est moi qui aurait dû mieux l’expliquer.
Ou peut-être que je vieillis juste.