Mercredi 26 octobre

Nouveau co-voiturage, nouvelle discussions avec les passagers. Ceux-là sont jeunes, leurs années de lycées pas très loin derrière.

“Moi ce que j’adorais, c’était quand un prof remettait un pénible à sa place une phrase.”

La fille mime un couperet, du tranchant de la main.

“Tchac, comme ça, tu vois ?”

Je vois très bien. Ce hachoir verbal, j’ai appris à le développer au cours des années. L’apprentissage n’a pas été évident, je pourrai servir d’illustration à l’expression “esprit d’escalier”. Mais quand on enseigne à Ylisse, à la 5ème Pampa ou à la 3ème Dalek, développer l’art de la phrase qui fait mouche devient rapidement essentiel. Parce que cela permet de reprendre la main en quelques secondes, parce que cela en impose même auprès des loulous les plus pénibles.

Mais, à l’inverse du couperet, cet outil est à double tranchant.

Je répète souvent cette histoire d’un ancien élève m’ayant écrit dans une lettre à quel point une phrase prononcée en cours l’avait marqué pour la suite de son parcours. Je n’avais aucun souvenir de cette fameuse phrase. Il en est de même pour les réparties assassines. Il est aisé de se sentir grisé par ce pouvoir-là. Et en user parce que ce môme s’est retourné, celui-là s’agite ou tout simplement, possède un agenda dont la simple existence est une insulte à l’esthétique.

Ça peut faire mal.

Ça m’est arrivé. Et ça m’arrive encore. De voir dans les yeux du môme une surprise peinée parce que je suis allé trop loin, qu’il le sait et moi aussi. Il ne dira rien, je suis l’adulte et tous ses potes se marrent. Mais là, j’aurais brisé en dix mots des liens que j’ai mis six mois à tisser. Tchac, comme ça. 

Comme tout, dans cette grande valse qu’est le boulot de prof, c’est une question de rythme.

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