
Aujourd’hui, je suis un an plus vieux. C. et E. m’amènent voir Le portrait de Dorian Gray. Et nous mangeons dans un restaurant avec un arbre dedans. “On est très bobo quand même.” rigole E.
C. et E. bossent en école de cinéma, dans laquelle on parle régulièrement de Bande de filles et de Divine. On en débat un peu, très sereinement, comme toujours avec eux deux.
“Ce qui est compliqué, c’est qu’on reproche à ces films de ne pas donner une image réaliste des banlieues. Comme si c’était le but des réalisatrices.” remarque C.
Je leur dis que s’il fallait expliquer les moments difficiles des cités, il faudrait faire un film sur l’ennui. Sur la répétition. Il n’y a pas de mystère sacré quand des conflits éclatent. Juste de l’ennui, des intérêts économiques, et la reprise ad libitum de comportements qu’on a déjà observés avant.
“Ça pourrait aussi être un bon sujet de film, l’ennui.” sourit E.
Dans le métro, j’y repense. Le problème de représenter cet environnement, tous les environnements en fait, tient à leur effroyable complexité. Un film qui traite de la banlieue parisienne ne sera jamais une image fidèle, tout simplement parce que deux heures est une durée ridiculement courte. La fidélité, n’en déplaise à Dorian Gray, demande du temps. Le réel est inépuisable.
À écrire chaque jour, à tenter d’épuiser le petit bout de réalité que j’habite professionnellement, je n’en doute plus. J’ai trente-quatre ans et encore beaucoup à écrire.