
Mail d’un lecteur, qui qualifie ce journal de “blog d’un pauvre type qui tente désespérément de faire passer les profs pour des héros.”
Des héros je ne sais pas. Mais, cher ami qui ne lira probablement pas ce texte, laisse-moi, juste à titre d’exemple, te parler des cinq premiers profs sur lesquels je suis tombé l’autre jour, à la récréation.
– J’ai vu I., prof de physique et formatrice. I. qui trouve absolument naturel d’appeler chaque élève et chaque parent d’élève de la troisième dont elle a la charge pour s’occuper de leur orientation. Et qui n’arrêtera qu’une fois que chaque projet d’orientation aura été négocié et compris par les mômes. I. qui passe son temps à mettre en place d’autres façons d’apprendre, avec ou sans note, en individualisant les apprentissages au fur et à mesure de l’avancée de son cours. I. qui ne laissera pas un seul chiard sur le bas-côté et pour qui c’est la chose la plus naturelle du monde.
– J’ai vu M., qui depuis deux ans, est professeur principale de classes particulièrement croquignoles. Et qui, plutôt que de foutre des sanctions, a préféré faire bosser les élèves sur un projet contre le harcèlement, avant d’inviter les parents à venir le voir. M. qui tempête, qui hurle avé l’assent, mais qui règle chaque problème à coup d’idées géniales.
– J’ai vu V., qui, du haut de ses zéros année d’enseignement, est capable de gérer les moments de n’importe quoi de sa cinquième sans sourciller. V. qui a subi une opération avec anesthésie générale un jeudi après-midi. Qui bossait le jeudi matin, et qui est revenu le lendemain pour finir sa semaine. Parce qu’il avait cours, tout connement.
– J’ai aussi vu B., qui est actuellement sur un poste de remplacement. B. est en train de rédiger sa thèse, vois-tu, et a une dose de travail monstrueuse. Et pourtant B. ne proteste pas, B. ne râle pas. Il a lui aussi une expérience minimale de l’enseignement. Et pourtant B. assure. Et apprend, sur le tas, dans des conditions absolument déplorables. Et les mômes le suivent.
– J’ai vu, enfin, F., notre prof de français d’appui. Qui voyage de classe de 6ème en classe de 6ème pour consolider les connaissances des mômes et nous venir en aide. Qui, avec une patience infinie et une rigueur immense, va faire progresser chaque môme à son niveau, à sa manière, à sa façon. Qui est capable de mettre en place un corpus entier de textes et d’activités en quelques jours, et sans que ça lui paraisse autre chose que tout à fait naturel.
Je n’ai ni envie ni besoin de faire passer les gens avec qui je travaille pour des héros. Je pense qu’ils n’en n’ont ni envie, ni besoin. Je ne bosse pas avec des figures mythologiques. Uniquement avec des gens pleins d’éthique, et d’envie. Parce qu’au final, c’est ça avant tout, prof : avoir envie.