Dimanche 6 novembre

Et le dimanche on s’évade.

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J’aurais pu parler du film, que j’ai beaucoup aimé pour des raisons très banales, très complexes, très intimes. Mais je me suis aussi souvenu à quel point le texte de la pièce d’origine est beau, et important.

L’argument donc : un homme revient parmi les siens pour annoncer sa mort prochaine. Mais la mort, ce n’est pas grand-chose à côté du monstre familial.

“Juste la fin du monde”, ça pourrait presque traiter de la faillite du langage, de l’impossibilité à se parler. Mais, à la relecture, ce qui m’a frappé, c’est plutôt l’incapacité du langage à dire ce que l’on attend de lui. Louis, le personnage principal, ne parvient pas à délivrer son message. Mais qu’est-ce que l’on parle, autour de lui !
À tel point que Lagarce a choisi de ne rien enlever : ni les hésitations, ni les balbutiements, ni les mots en trop. La langue est une jungle où certains ont décidé de s’installer, et que d’autres, comme Louis, choisissent de ne plus pratiquer qu’à l’écrit, ou presque.

“Juste la fin du monde”, c’est le vertige de l’écrivain, comme Lovecraft raconte les vertiges de la raison : nous n’avons pas la main sur l’organe qui, dans notre bouche, forme les mots. Nous ne pouvons que tenter, au vol, de saisir certaines phrases. Et d’avoir de l’indulgence, beaucoup d’indulgence. Pour le grand-frère brutal et frustré, pour la sœur ado rebelle attardée, pour la belle-sœur qui refuse d’être belle et courageuse.

Et surtout pour soi.

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