Jeudi 17 novembre

Au rang de mes rêves les plus fous, “Vivre dans un épisode de Glee” figure en troisième place, juste après “Trouver un remède à la souffrance dans le monde.” et avant “Épouser Léo Grasset”. (déduis ce que tu veux de cette liste de priorités.)

Je peux aujourd’hui cocher cette case. Et te rappeler, enseignant jeune ou moins jeune, que les stages ne sont pas que synonyme d’ennui, les fesses vissées sur une chaise, tandis qu’un formateur pas toujours enthousiaste déroule des propos plus ou moins passionnants d’une voix atone dans un bahut en déliquescence situé dans une commune que même pas tu savais qu’elle existait. 
Donc pense vraiment à repérer les stages qui te bottent VRAIMENT (utilise, par exemple, le Plan Académique de Formation ou PAF qui, en plus d’avoir un nom qui peut servir à trop de blagues est vraiment bien foutu), et inscris-toi. Parfois ça fait du bien de s’aérer la tête et de penser la pédagogie autrement.

Comme par exemple cette formation du CREA, visant plusieurs établissements scolaires à mettre en scène un spectacle musical, “Les indiens sont à l’ouest”. Pourtant j’y vais laborieusement. Depuis quelques jours à vrai dire, tout me semble laborieux. Le boulot, les mômes, le combat permanent pour garder la flamme. Hier, j’ai écrit à T. que je me battais contre l’ogre professionnel. J’ai du laisser un bras quelques part dans la bataille. 

Je retrouve Monsieur Vivi sur le quai de RER. Il porte un jogging et avise le sac à dos dans lequel j’ai dissimulé le mien. 

“Tu verras, demain tu le porteras directement.”

Il y a tellement de bonheur dans sa voix qu’une partie des parpaings que trimballe s’écroulent immédiatement.

Je retrouve également M. et son immense sourire, et F., que je prends dans mes bras. J’ai beau travailler avec F. toutes les semaines, elle me manque terriblement, je n’ai jamais assez de temps pour lui dire tout le bien que je pense d’elle.

Nous débarquons dans une vaste salle au parquet brillant et je tombe instantanément amoureux de la formatrice, qui a un nom de fée bretonne (on l’appellera Morgane, donc, mais son vrai nom est carrément mieux). 

Après une poignée de minutes consacrées à la théorie, elle décide de nous faire passer à la pratique, pour proposer des outils aux professeurs de musique, majoritaires dans la salle. Et nous voilà à ouvrir la bouche, bailler, émettre des bruits incongrus. C’est grotesque, j’ai ma dignité, je ne vais sûrement pas.

*exactement une minute quarante-deux plus tard.* 

“Ouiiiiii !”

Je glisse au mépris de toutes les lois de l’esthétique en imitant dans la posture de la geisha poursuivie par une chèvre. Comme à l’habitude, mes réticences fondent comme neige au soleil dès qu’il est question de se donner en spectacle.

C’en est presque triste. Si je vivais VRAIMENT dans Glee, j’aimerais être quelqu’un de cool, tel Mason, ou Blaine ou Sue Sylvester. Mais il n’y a rien à faire : à mon grand désespoir, je suis Rachel. Je me porte volontaire pour participer à toutes les activités, je frétille quand Morgane me propose un rôle dans la saynète que nous mettons en place et je lève la main à m’en désosser dès qu’elle demande qui serait volontaire pour un solo vocal (je tiens d’ailleurs à présenter mes plus sincères excuses aux profs de musiques dont j’ai anéanti les oreilles de mes bramements aujourd’hui).

Morgane a certes la chance de s’adresser à des adultes, pour la plupart volontaires quant à leur présence aujourd’hui. Mais il n’empêche, qu’elle enseigne comme je voudrais : toujours à l’affût des mouvements du groupe, elle en lit la moindre inflexion, la moindre difficulté et sort de son immense besace à savoirs l’exercice nécessaire pour nous recentrer ou bosser exactement ce dont nous avons besoin. Nul besoin d’individualiser : elle a formé un groupe et cet organisme bizarre et vivant fonctionne tout d’un trait. 

Lorsque la première journée s’achève, je regarde les gens remballer leurs affaires l’air un peu perdu. J’en voudrais encore, plus. Mais je suis un adulte, j’arrive d’un cheveux à ne pas me rouler par terre en protestant.

Je sors de mon rôle de Rachel et redevient moi.

L’ogre s’éloigne un peu, en maugréant. Et mon bras a repoussé.

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