En ce moment, la 6ème Glee passe son temps à faire des histoires. C’est la phase bureau des pleurs, que connaissent nombre de Professeurs principaux (et de profs tout cours) de 6ème. Bidule de la 6ème Patafiole m’a mal parlé, Truc de la 6ème Dindonneau dit qu’on est bête, et j’en passe.
C’est souvent un cercle vicieux. Fermer les yeux sur ces histoires amènent souvent à une escalade qui peut se terminer par de la violence, mais, à l’inverse, y accorder de l’importance amène les mômes à rechercher ce genre de conflits.
Aujourd’hui, je travaille sur la notion d’objectif et de subjectif. Les mômes n’y portent pas grand intérêt, étant donné qu’il paraîtrait que , en 6ème Parfaite, I. aurait fait un doigt à J., même qu’elle est bête et que c’est L. qui me l’a dit et je peux avoir confiance parce que L., je la connais depuis le CM2 et…
“Silence.”
Je demande rarement le silence de la sorte. Et les 6èmes sont encore petit, ils s’exécutent.
“Vous allez m’expliquer ce qu’il s’est passé, mais de façon totalement objective.”
Yeux ronds. Et puis R., qui aime bien lever la main, demande la parole.
“L. m’a dit…
– Non. C’est la vision d’un autre, c’est subjectif.
– I. est jalouse de J. et…
– Non. C’est subjectif.”
R. se gratte la tête, et passe le relai à A., qui s’essaye sans plus de succès à l’exercice. Même chose pour les trois suivants. Quelques petits sourires entendus fleurissent dans la classe. Je me tourne vers N., qui est l’élève choupidoudou absolu de 6ème Glee, et dont la maturité de quasi-troisième l’amène à observer ces conflits avec un peu de désolation.
“N., maintenant vous me racontez cette histoire avec toute la subjectivité possible. Dans les mots, les gestes, l’attitude.
– Je peux me lever ?
– Et comment !”
N. se dresse à sa table avant de se mettre à bouder et à geindre d’une voix insupportable. Rugissements de rire durant toute la prestation, qui dure une bonne minute. Les commentaire fusent.
“C’était trop ça ! Ça fait bête en plus !
– N. il était trop laid quand il faisait sa tête de… de…
– De quoi ?
– De qui aime les histoires en fait. C’est trop moche quand on fait ça.”
A. me jette un coup d’oeil.
“En fait vous voulez nous donner une leçon monsieur, comme dans les films.
– Voilà, comme dans les films.”
Et comme il faut finir les films par des scènes pleines de sens, je leur montre que la subjectivité, ça peut aussi créer du beau.