
Mail d’élève :
“On a natation ?”
J’expliquais il y a quelques semaines avec l’orgueil des débiles à quel point j’avais réussi à inciter les mômes à utiliser le système de messagerie du logiciel de vie scolaire. Le karma s’est empressé de me corriger pour cette vantardise et, depuis quelque jours, je suis submergé de mails de ce genre. “J’ai pas compris la leçon.” (dans quelle matière ? De quel jour ?) “On pourra faire une sortie ?” (J’y ai aussi le droit à l’oral fréquemment, dans le plus pur style de guerre psychologique, depuis le début de l’année), ou encore, l’un de mes préférés “Monsieur, vous avez pas retrouvé mon stylo rouge ?”.
L’apprentissage de l’autonomie chez les mômes est une question qui revient fréquemment à Ylisse, et qui n’a jamais trouvé, de ce que j’ai pu constater, de réponse satisfaisante. Les élèves semblent penser que leurs profs sont une bizarre combinaison d’enseignants / secrétaires / assistants personnels, et ce de la sixième à la troisième. À tel point que j’hésite désormais quelques instants quand il s’agit de les aider (par exemple, quand ça fait DIX MINUTES que le cours a commencé et que M-L galère encore à mettre son manteau sur le dossier de sa chaise).
Et c’est là tout le paradoxe de la REP+ : on met en place des moyens afin d’aider des gamins défavorisés pour tout un tas de raisons différentes, moyens qui finissent par les rendre totalement dépendants de nous pour naviguer dans les eaux de la réussite scolaire. L’autonomie devient, elle aussi, un marqueur social discriminant. L’un de ceux que je galère énormément à effacer.