
Premier jour où je prends mes fonctions de prof rustine des 3èmes A(pocalypse). Les circonstances ne pourraient être meilleures : la moitié des mômes sont en stage en entreprise. Il y a donc dans la salle neufs mômes, un prof rigoureux, passionnant, et moi.
Et il faut tout reprendre à zéro. Avant de remettre la classe au boulot, remettre la classe. Ces neufs mômes là, dans l’ensemble, ne savent plus très bien pourquoi ils sont là. Alors, à nouveau, nous devons nous présenter, faire comprendre pourquoi nous sommes là. Quelque chose a disparu dans les sables mouvants de l’adolescence, de la 5ème et de la 4ème, du Collège Ylisse, et j’aimerais savoir quoi, comprendre comment. Parce que, même si moins spectaculaire, la disparition de connaissances, de savoir-faire advient dans quasiment toutes les classes de 3ème.
À l’autre bout du spectre, les 6èmes Glee. Qui effectuent en vingt minutes “trop facile monsieur !” la fiche d’exercices de grammaire sur laquelle nous avons galéré deux heures avec leurs prédécesseurs. Je suis prêt à parier qu’il y a trois ans, certains 3èmes A(pocalypse) auraient été capables de la même prouesse. J’aimerais préserver ces moments-là, où la curiosité est encore affûtée, l’adulte encore un alliée, la difficulté une incitation à aller plus loin. Comment faire ?
Avec les Daleks, début de la projection des “Fils de l’homme”. Cette année, ils jubilent devant les aventures de Théo. “C’est génial, c’est génial, monsieur. C’est tellement vrai, ça pourrait tellement trop arriver !”
La curiosité n’est pas morte. Juste ensevelie sous des strates diverses. Et parfois, elle affleure.