
Il y a un an, je montais dans un bus de nuit qui allait mettre près de deux heures et demi à faire le trajet Ylisse – Paris, après la fête de Noël du Collège. Dans l’habitacle surchauffé, j’essayais de retenir le pire mojito jamais ingurgité de ma vie, et quelques larmes. Depuis plusieurs jours, j’avais dans la tête la mort de Clara, dans Doctor Who. C’est indécent à raconter quand on est prof, quand on vit sur Terre à notre époque, mais je n’arrivais pas à me remettre de la disparition de cette fille de fiction, qui me hantait l’esprit. Tout le temps. Même quand j’écoutais les morceaux de musique électro que T. bidouillait dans son coin et m’avait passé un peu par hasard.
J’avais mélangé les deux, son univers “ses bip bop” comme il dit, et ma tristesse imaginaire. Et comme je ne sais – mal – faire que ça, j’avais écrit. Un marchand, dans une ville souterraine, qui regarde passer les corbeaux.
Il y a un an, pour essayer de penser à autre chose, je sortais le texte de mon sac de cours et je le faisais parcourir à T. Qui a relevé les yeux et m’a dit, avec l’enthousiasme détaché que je ne connais qu’à sa voix, qu’il trouvait ça très cool.
Un an plus tard ; trois-cent-soixante cinq jours que je collabore sur le projet Ezia Polaris. Que j’ai eu le droit de poser un texte, un long texte, le premier long texte que j’ai jamais terminé, sur un voyage électro. Un an qu’existent Atis le capitaine, Tokyo la Fille Ville, Lugh un peu trop moi et Ezia bien entendu.
Un an pendant lequel ce projet qui servait surtout à oublier une réalité pas toujours rigolote de REP + a grandi. Qu’on a un album et un roman prêts, qu’on prépare un concert avec de la musique, du chant, de la déclamation et de la vidéo. Et qu’on appelle des salles. Qu’on se regarde un peu médusés en se demandant si la réalité ne va pas finir par nous rappeler à l’ordre et nous dire que, eh, ça suffit de trop s’amuser.
Un an qu’Ezia grandit. Et que je suis plus heureux que jamais d’avoir le droit d’en faire partie.