
Je suis en train de discuter avec A., juste après l’heure d’info syndicale. “Parfois j’ai l’impression qu’on répète sans arrêt les mêmes choses à ces réunions.”
J’approuve. Mais il n’y a hélas rien d’étonnant à cela dans un collège comme Ylisse, dans lequel les équipes changent sans arrêt. Les collègues qui ont déjà pris le pli quant au fonctionnement du bahut mutent rapidement, tandis que les nouveaux se retrouvent forcément toujours confrontés aux mêmes problèmes. Impression que nous sommes coincés dans une bulle d’éternel présent, qui nécessite une énergie folle pour bouger.
Cours commun avec les 6ème Glee et deux classes de CM1 qui participent au projet musical de fin d’année. Les 6èmes, mes tous petits bébés sont censés jouer les grands dans cette foule de mômes et y réussissent avec plus ou moins de bonheur, tandis que Monsieur Vivi me donne les règles de survie pour gérer 75 mômes à quatre prof : ne pas compléter les phrases d’un collègue. Ne pas surenchérir sur une consigne. Faire des choses simples et précises. Consignes que je pourrais appliquer à ma pratique habituelle.
Les latinistes me rendent des fiches lecture. Je pleure de bonheur en récupérant des copies doubles pleines. “On va tellement se faire rouler dessus par les élèves, quand on changera de bahut”, dis-je en rigolant aux collègues. “On prend les profs de REP+ pour des Rambos, mais on sera satisfaits que les mômes aient tous leurs affaires et rendent leurs travaux en temps et en heure !”
Conseil de classe de la 6ème Glee. Tout se déroule dans un calme olympien, même la maman d’élève entrée de façon un peu va-t-en guerre dans la salle (”Et pourquoi il ne peut pas rester, mon fils ?” “Parce qu’il n’est pas délégué, madame.” “Mouais…”) se retrouve désarmée. À nouveau, j’ai presque envie de rire devant l’importance démesurée donnée à cette grand-messe, tandis que l’on se contente d’y mettre par écrit ce que l’on dit aux mômes et à leurs parents jour après jour, dans un langage plus ou moins compréhensible.
Plus que quatre jours. Je fais de grands sourires. La semaine avant Noël est souvent considérée comme la semaine de trop. Tentons de faire en sorte que ce trop ne nous bouffe pas trop, enfants comme adultes.