
À la gare de RER, je croise N, l’une des deux Demoiselles de Rochefort, de l’année dernière. Elle me fait un signe discret de la main.
“Comment ça se passe, cette année, N. ?
– Franchement c’est trop dur la Seconde ! On veut se réorienter, avec L., et aller en pro ! Parce que franchement ça nous va pas du tout.”
Je ravale trente-deux, “je vous l’avais dit” et N. file parce que son RER arrive. Soupir. J’ai littéralement passé des heures à parler avec N. et surtout avec L., qui avait redoublé sa troisième pour obtenir le précieux sésame en lycée général.
Une année de perdue pour N., une autre pour L.
Alors oui, les deux gamines sont futées et rebondiront. Mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. Combien d’élèves fantasmant complètement le passage en seconde générale, de peur de passer pour un teu-bé, sinon ? Que de défiance, à l’égard de leurs profs principaux qui leurs chantent sur tous les tons que non, ce n’est pas parce que l’on va en pro que l’on va rater sa vie ?
Peut-être est-ce pour cela qu’avec un peu de lâcheté, j’ai refusé d’être prof principal de 3ème cette année.
Peut-être aussi pour me donner le temps de réfléchir à cet épineux problème de l’orientation. Pour l’instant, je ne donne pas les meilleurs atouts pour réussir à mes chiards.