Lundi 26 décembre

Au retour des vacances, les 6èmes auront tous fait leurs devoirs. Ils n’ont pas le choix. La consigne était la suivante : “Lisez le livre Alice au Pays des Merveilles le plus loin possible.”

J’avoue ne pas du tout savoir ce que ça va donner.

Comme toute lecture au collège Ylisse d’ailleurs. Cela fait maintenant trois ans que je me creuse la tête que j’incite, que je tempête, que je propose, afin que les mômes lisent. 

C’est un cliché, mais le rapport à la lecture reste le grand discriminant social. Il nous est interdit de faire acheter des bouquins à Ylisse, et si je peux entendre l’argument d’égalité financière, le fait est que l’objet livre restera étranger à pas mal de mômes dans les classes. Et même si Internet et les ebooks permettent de plus ou moins contourner le problème, la question n’en reste pas moins épineuse : comment faire entrer les mômes dans le domaine de la lecture ?

Je ne parle pas de leur faire aimer cela. Tomber amoureux n’est quasiment jamais le fruit d’une influence extérieure, il en va de même pour les bouquins, Pennac a tout à fait raison là-dessus. Mes considérations sont beaucoup plus pragmatiques : la lecture est une alliée. Et j’aimerais qu’elle serve tous les mômes des classes qui me sont confiées.

Au fil des années, la seule démarche qui a été efficace a été de transposer la certitude suivante à ma pédagogie : les livres importants sont des mondes. On peut les ouvrir et en tirer un nombre incalculables de perspectives, de chemins, d’activités. Dans Le Crime de l’Orient Express, les élèves étaient entrés dans l’historie chacun à leur façon. Certains avaient dû créer une fiche de lecture, d’autre une maquette du train avec les déplacements des différents protagonistes, d’autre écrire un journal de bord, d’autres, enfin, rédiger des fiches de vocabulaire.
Plus que toutes les autres activités que je pratique en cours, je pense que la lecture nécessite une différenciation. Pour la simple et bonne raison que je ne connais pas, dans mon entourage, deux lecteurs similaires.

Alors pendant ces vacances, je laisse chaque môme – parce qu’ils sont gentils, en sixième – découvrir Alice et ses Merveilles à son rythme. Et je lui prépare sa balade à lui du terrier du lapin au procès des tartes.

Il y a du  boulot…

Laisser un commentaire