
Journée en montagnes russes, le genre après lesquelles tu ne connais plus ton nom.
Que ce soit avec les 3èmes Dalek, qu’il faut quasiment supplier pour retrouver le nom de l’auteur d’un discours, tout en bas à droite du texte (”Pfff, c’est loin”, entends-je pendant que l’un d’eux cherche l’info).
Que ce soit Amidala qui, après deux semaines en mode bulldog hargneux a aujourd’hui décidé de jouer les élèves dynamiques et enjouées, pleine de bonne volonté et sollicitant l’aide des profs pour améliorer ses réponses.
Que ce soit avec les 6èmes Glee qui ont mal torché un petit travail que F. leur avait demandé. Je leur dis que je trouve leur parcours actuel médiocre. Sans éclat. Alors qu’ils pourraient trouver de l’enthousiasme et du respect n’importe où. En présentant correctement leurs copies, en mettant tous leurs efforts dans la lecture d’un texte. En étant doux les uns envers les autres. Le collège les mord violemment en ce moment. Rentrer dans le rang. Adopter un comportement grégaire.
Le comportement grégaire, que j’explique aux 3èmes A(pocalypse). “C’est dur de ne pas suivre le groupe, pas vrai ?” Ils hochent la tête silencieusement. Il y a une belle écoute aujourd’hui. Petit à petit, les espèces de créatures hurlantes que j’observais en ouvrant des yeux affolés au premier trimestre se changent en élèves en difficulté, mais pas mécontent d’être là. De redécouvrir leur intelligence.
Que ce soit avec les 5èmes Glee, qui doivent lire un conte à une classe de 6ème. Je les laisse quarante-cinq secondes pour donner des consignes aux sixièmes qui attendent à l’extérieur de la salle. À mon retour, les mômes ont transformé l’endroit, virant les tables et alignant les chaises avec une allée au milieu (”parce qu’on peut juste placer les coulisses en fond de salle, monsieur, ça vous semble correct ?”). Je me retiens très fort de ne pas leur faire de gros câlins.
Que ce soit avec mes réserves d’énergie que, fatigue n’aidant pas, je ne contrôle plus du tout. Je me retrouve à l’orée du week-end ravi de ce que j’ai accompli cette semaine, heureux d’avoir du temps pour moi, pour des projets qui prennent forme, et plein jusqu’à ras-bord d’une tristesse et d’une rage totalement irraisonnées. En janvier, je suis lunatique.
Deux jours pour tenter de se remettre d’équerre.