Samedi 14 janvier

Hier, retour au collège de quelques élèves de seconde, que j’avais en troisième l’année dernière. Comme à l’accoutumée, pas mal de gêne de mon côté : impression de leur avoir donné tout ce que je pouvais, que cette rencontre est prématurée, ils ont encore beaucoup à apprendre.

Mais ils ont besoin de parler. Alors comme j’ai encore un peu de temps avant de quitter le collège, je les écoute. Me raconter que c’est difficile mais qu’ils s’y attendaient (”C’est pas comme si vous nous l’aviez pas dit, monsieur ! Tous les jours i”), qu’ils se plaisent dans leur nouvel environnement (”Un vrai château, le lycée monsieur ! Alors que bon, le collège…”), et surtout, qu’ils s’accrochent ; 

“Vous savez comment on nous appelle, là-bas ? Les boulets.
– Pourquoi ?
– Bah parce qu’on vient d’Ylisse ! Avant même le premier devoir, la prof elle nous appelait comme ça.
– Et du coup que faites-vous ? 
– Ben comme vous nous avez dit de faire, on se tait et on travaille pour lui montrer qu’elle a tort !”

A. a raconté ça avec flamme. Elle crée son épopée d’étudiante. Derrière elle, T. hausse les épaules. T. dont l’immaturité rendait des points à celle d’un élève de sixième, jusqu’à deux mois avant son brevet. Il parle lentement, un tout petit peu à l’écart du groupe.

“En même temps, on s’en fiche un peu de ce qu’ils pensent un. Moi j’essaye surtout de m’en sortir.”

J’écrivais il y a quelques mois qu’être prof à Ylisse, c’est frapper contre un mur à coups de poings, en espérant qu’il s’effondre un jour. Je ne sais toujours pas quoi dire de pertinent aux élèves qui reviennent. Mais je suis heureux de constater les fêlures dans la muraille.

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