
Aujourd’hui sur facebook, A. – de la poignée d’élèves que j’ai accepté en amis sur facebook – me rappelle ma première année de cours, durant laquelle j’avais viré V. de cours pour rien ou presque. Comme souvent. Parce que j’essayais de me forger une autorité, de montrer que les bavardages ne. seraient. pas. tolérés.
Je repense toujours à cette année de stage avec un mélange de joie et de honte rétrospective. De joie parce que j’ai eu la chance d’enseigner à des mômes exceptionnels. De honte parce que je ne les ai clairement pas autant aidés que eux l’ont fait pour moi.
C’est l’aporie de l’enseignement : on n’enseigne bien qu’en faisant. En apprenant. Mais peut-on accepter que des élèves pâtissent de nos erreurs ?
Oui. Jusqu’à un certain point, pense le prof de trente-quatre ans qui se rappelle la Sarthe. L’enseignement est par essence une science inexacte, et des profs aguerris pourront commettre des bourdes aussi énormes que des débutants. (J’en suis l’exemple parfait). Mais tout est question d’éthique : c’est justement parce que le cours foiré nous attend à chaque coin de rue que j’essaye, quand ma forme, mon énergie et mon envie me le permettent, de commencer chaque heure comme si elle était la première, avec l’expérience que j’ai eu la chance d’engranger.
On passe son temps à débuter, dans ce boulot…