Jeudi 19 janvier

Le collège Yisse en un mot en ce moment ? Laissons-le à M., leur CPE.

“Je suis partie une heure de mon boulot. À mon retour, j’avais 20 notifications à lire, la plupart des sanctions.

On est dans le dur, à en faire honte à un programme économique de droite. Les élèves se révèlent dans leurs personae les plus désagréables. Les responsables, dit-on, sont multiples : le temps, la fatigue, l’hélicoptère qui tourne sans cesse autour des quartiers à la recherche d’agresseurs de policiers.

Je suis toujours très mal à l’aise vis-à-vis de ce discours, auquel je souscris pourtant : où la fatalité sociale s’arrête-t-elle, où commence la responsabilité des mômes ?

Aujourd’hui, je suis seul face aux 3e A(pocalypse) : je capitalise sur l’ambiance de classe mise en place par T. pour les faire bosser dans le calme. Je ne m’excuse pas d’être seul, je reprends le cours où il s’était arrêté. Les mômes obtempèrent avec bonne volonté, sauf G. G. qui, depuis mon arrivée en tant que prof adjoint, me couve d’un regard noir et me congédie à chaque tentative de dialogue d’un “c’est bon”. 

Je profite de ce moment stable pour lui infliger un pétage de plombs circonstancié. Très brusquement, je me mets à hurler, en projetant bien ma voix comme on m’a appris. Qu’elle ne veut pas que je sois son prof, et que je ne veux pas qu’elle soit mon élève vu son comportement, qu’elle a tout à me prouver et qu’il va falloir qu’on trouve un moyen de bosser ensemble parce que c’est comme ça que ça marche dans une classe, et que le collège se tamponne gravement de nos états d’âme respectifs. La môme me regarde médusée. Et se met au boulot. Elle me gratifiera même d’un “au revoir” à la fin de l’heure.
Petit miracle avec M., aussi. M., élève de dispositif ULIS qui, suite à une question d’une excellente élève sur la définition du mot tyrannie lève la main à s’en détacher le bras : “Moi ! Moi moi moi ! C’est la même chose que le mot qui vous nous avez appris hier qui était dic-ta-ture, ou dic-ta-teur, et c’est comme Hitler !”
Fierté immense de M. d’avoir réussi à rassembler son savoir tout pété pour montrer qu’elle aussi, peut avancer des pions dans la classe.

Moment de joie aussi avec les 5ème Glee, dont j’assiste au cours de chorale. Qui chantent pour la deuxième fois une chanson et sont déjà juste, et en rythme, et motivés pour la rendre meilleure encore. Je vais, je veux arriver à ça avec les 6ème Glee, malgré leurs soucis et mon envie actuel de les changer en projectiles de catapulte.

Retour dans le RER avec B., V. et C. B.et moi transmettons nos conseils de profs vétérans. Parce qu’on est là depuis deux ans et demi. Une éternité.

À Ylisse, le temps coule en geyser.

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