Mercredi 1er février

   C’est officiel, Peter Capaldi quitte Doctor Who à la fin de la prochaine saison. Je partirai donc à la fin de l’année prochaine. La règle, c’est que je demande ma mutation une fois que je vois le Docteur se régénérer. C’est comme ça depuis que je me suis rendu compte que mon année de TZR s’était terminée en même temps que le mandat de Christopher Eccleston.

Je quitterai donc Ylisse au bout de quatre ans. La moyenne d’ancienneté y est d’un peu plus de deux ans, je serai donc presque un ancien quand je m’en irai. 

Et des interrogations.

Parce que je me dis, avec d’autres collègues, que si les choses n’avancent pas, si les faits de violence et le manque de respect de la part des élèves ne diminue pas, c’est entre autres parce que l’équipe change, souvent. La moitié en gros des enseignants change tous les ans. Alors on est condamné à un Ouroboros disciplinaire : toujours redonner les règles, les codes aux nouveaux enseignants. Faire face aux mêmes problèmes, et, après débats et douleurs, en revenir aux mêmes solutions. Qui n’auront jamais le temps de s’ancrer parce que les adultes qui les portent ne font que passer. Je pense qu’un bon tiers du problème est là.

Les ministères qui se succèdent reconnaissent le problème, les candidats à la présidentielle aussi. Alors on promet deux trois mesurettes, rarement tenues, encore moins appliquées. La vérité est que pour rester à Ylisse, il faut bien plus que la motivation de quelques dizaines d’euros supplémentaires. Il faut un idéal personnel, et c’est dégueulasse, d’exploiter l’idéal de quelqu’un pour l’envoyer au feu. 
Déjà, alors que le douzième Docteur est encore bien là, que bientôt on verra sa nouvelle compagne (et le Maître, vraiment j’espère le Maître), alors qu’il me reste encore un an et demi d’aventures à vivre à Ylisse, sauf imprévu cosmique miraculeux, je m’en veux de quitter le navire.

Je ne dois pas.

Je le répète sans cesse aux collègues, et j’en suis convaincu : le métier d’enseignant doit reposer sur une envie, aussi égoïste soit-elle. Que l’on se peigne en moine-soldat, en sauveur de la jeunesse défavorisée, en athlète de l’éducation, il faudrait venir à Ylisse ou tout autre bahut REP+, sinon par désir profond, du moins sans y être contraint. Et pouvoir en repartir sans la moindre culpabilité.

C’est une utopie. J’ai ce fantasme, dans ma vie comme dans le boulot, de quitter régulièrement mes habitudes pour partir vers d’autres aventures, en laissant derrière moi des sourires et des problèmes réglés. C’est grotesque de prétention et de vanité. N’est pas le Docteur qui veut. 

Mais pour l’année et demie qui reste, je vais faire comme si. Comme si j’en étais capable. Et au bout de 17 + 36 semaines, c’est le temps qui me reste, je me retournerai et je regarderai. 

Et ce sera fini.

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