
“Monsieur, monsieur !”
C’est l’autre jour, je suis en train de faire monter les Daleks en cours. B. vient me voir, un sourire jusqu’aux oreilles. J’aime bien B. Depuis quelques semaines, il s’investit un peu plus dans les activités et il montre le visage d’un ado qui ne bosse pas que parce qu’il aime bien tel ou tel prof. Je ne m’explique juste pas sa coupe de cheveux, qui me fait penser à celle d’un samouraï dans un jeu vidéo, mais c’est finalement assez mineur.
“Qu’est-ce qu’il y a, B. ?
– Il y a quatre arabes dans une camionnette. Qui est-ce qui conduit ?”
Il interprète mon regard ahuri et ma bouche ouverte comme le fait que je donne ma langue au chat. Non, il ne va pas oser, il ne va pas…
“La police !”
Et de se tordre de rire. En compagnie de R. et M. dont les origines ne prêtent pas vraiment à confusion. Et bien entendu, c’est à ce moment que mes zygomatiques décrètent qu’il n’est pas nécessaire que je me conduise en adulte responsable. Je m’étrangle consciencieusement en essayant de ne pas faire remonter les coins de la bouche trop haut. D’autant plus que Cheffe passe à ce moment-là, elle-même souriante, sans doute de voir le moment de complicité qu’un prof partage avec ses élèves. Au mépris de toute charité, je prie très fort pour qu’elle ait des problèmes d’audition.
“B., elle est limite, vous allez vous faire casser la figure dans la cours, là…
– Non, monsieur, je me ferais casser la figure que si je vous raconte la suivante. Allez, allez, je vous la raconte !
– Je vais regretter si je dis oui…
– Si si, monsieur, laissez-le raconter !”
C’est M. qui a parlé. M. pour Mohamed évidemment.
“Il y a quatre arabes devant une fenêtre d’immeuble. Lequel saute en premier.
– Je ne sais pas…
– L’immeuble !”
Nouvelle crise d’hilarité.
“Allez ! Allez avouez que celle-là elle est bonne monsieur ! C’est vous qui dites qu’il faut rire de tout !”
Je monte avec mes trois zozos se marrant comme des bossus. Pendant que tournent autour des tours qu’ils occupent les hélicoptères de police, à la recherche d’agresseurs de flics. Je chasse toutes les interprétations possibles à cet épisode qui viennent m’assaillir. Je retiens juste le rire des mômes et la fierté dans le regard de B. Je me dis que j’enseigne à des mômes super courageux, quand même.