Dimanche 12 février

Et le dimanche on s’évade.

J’ai passé une bonne partie du début des vacances dans ce que l’industrie vidéoludique japonaise a de plus extrême et de plus convaincant.

Tales of Berseria est une épopée qui fonctionne selon des codes totalement incongrus, pour qui les découvre pour la première fois, et terriblement réconfortants par leur familiarité, pour qui les pratique. Dans tous les cas, la découverte est réjouissante.

L’histoire, celle ultra-classique d’une vengeance : Velvet (c’est la personne pas très très habillée que je me suis empressé de revêtir d’un costume moins grotesque pour le reste de l’histoire), voit son existence banale et heureuse voler en éclat lorsqu’Artorius, son mentor, sacrifie le frère de la jeune fille dans un rituel destiné à apporter une paix universelle. Transformée en créature monstrueuse par la douleur et un choc en retour du rituel, Velvet voit son esprit bruler : ne lui importe plus que la mort de son ennemi. 

Et c’est ce qui rend cette histoire aussi fascinante : Velvet est un personnage statique. Loin des récits initiatiques et des adaptations vidéoludiques des romans de chevalerie. Elle a été aussi heureuse que possible, aussi brisée que possible. Le joueur, nous, ne pouvons l’accompagner que dans une dernière marche. Il ne s’agit pas de sauver le monde mais de contribuer à sa destruction, Artorius oeuvrant à la réalisation d’une utopie.
Autour de Velvet, des compagnons, comme dans tout jeu de rôle. Mais une fois encore, le paradigme est inversé : une poignée de freaks – un esprit hantant un bateau pirate, une sorcière portant haut ses intentions de trahir le groupe, un démon… – et une jeune soldate idéaliste, dont la présence semble totalement déplacée dans ce groupe qui, dans un jeu plus classique, constituerait les personnalités à abattre.

Et faire vivre ce petit groupe à travers les habituels codes du jeu de rôle japonais – grands combats épiques, scènes laborieusement drôles, explorations de donjons bourrés de piège – a quelque chose de bizarrement prenant. Parce qu’on n’attend pas grand-chose des personnages, et que chacune de leurs évolutions est une surprise, parce que ce jeu est d’un tel classicisme sur la forme qu’il en devient presque expérimental. 

Tales of Berseria fait du bien. Particulièrement parce qu’il fait la synthèse magnifiquement aboutie de ce qui est devenu, à travers des errements, des erreurs et des coups de génie, un véritable genre, non seulement vidéoludique, mais aussi narratif.

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