Vendredi 24 février

En 3ème A(pocalypse), il y a K., M. et G. Les trois princesses. Qui nous considèrent, T. et moi, avec une méfiance hargneuse. Parce qu’on est des adultes, parce qu’on est des profs, parce qu’on est des mecs. Peut-être aussi parce qu’on est blanc, mais ça, ce serait triste. 

Ce vendredi après-midi, dernière heures de cours des mômes avant le week-end. Je leur ai lu “Quiz aux travaux forcés”, et on essaye de comprendre le texte. M. lève la main. Encore. Et encore. Et encore. Je ne comprends pas vraiment pourquoi, mais elle a envie de montrer qu’elle a compris. Avec, à chaque réponse, son gros ton bourru, qu’elle porte comme un vieux survêt. 

Ça sonne et je me dis que ça vaut le coup d’être un peu stratège. 

“M., je peux vous voir avec votre carnet ?”

Dans le carnet de correspondance, il y a la page des croix positives. Je suis pas vraiment pour, les bons points subjectifs me dérangent toujours pas mal. Mais cette fois-ci, je prends mon temps. J’ouvre lentement le petit machin, je cherche la page. Et je calligraphie la récompense de ma plus belle écriture.

Regard incrédule de M. Dont les lèvres opèrent un balai compliqué, afin de ne pas se mettre à sourire. Juste à côté, les yeux noirs de G. lancent des éclairs. Même si je sais qu’elle préférerait avaler l’intégralité de son cartable plutôt que d’avouer que ça lui ferait plaisir aussi, cette fameuse croix.

M. sort, la démarche un peu plus légère, un peu moins blasée. Je me dis qu’elle sera peut-être contente, en rentrant la prochaine fois. Que cette petite croix à pas cher, c’est aussi une façon de tendre la main moins grandiloquente que de grands discours. Que c’est le tout début.

On est en février, trop tôt pour renoncer aux trois princesses renfrognées.

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