
Aujourd’hui, je me suis souvenu ma première année d’enseignement, pour plein de raisons. Année apocalyptique. Je n’avais, à l’époque, rien à faire dans le boulot. Et je retiens ces heures passées à tenter d’assurer le minimum – qu’aucun élève ne sorte de la classe – à me demander pourquoi ça ne fonctionnait pas.
La voix en feu, les tripes tordues de honte, une colère sourde au sein des tempes. Et un goût amer dans la bouche. Comment est-ce possible ? Comment est-ce que ça peut durer ? Est-ce que ça va durer.
Je m’accroche, neuf années plus tard, à cette douleur. Pas par masochisme. Mais parce que c’est ma meilleure arme contre un triomphalisme idiot, contre la stagnation. Contre le c’est acquis.
Et pour ne jamais éprouver la moindre condescendance imbécile envers quiconque dans ce boulot.
Ça a été super difficile, et ça pourra toujours le redevenir. Les cicatrices forment un tableau où s’enlacent prudence et humilité.