Mercredi 22 mars

Je le dis et le répète inlassablement entre ces lignes : l’autorité ne fonctionne que si l’on applique des méthodes qui nous conviennent. Avoir un charisme d’huître sous Prozac et une tendance à éclater de rire devant les conneries des élèves – je décris un prof au hasard, n’importe lequel, ahah, je ne vois pas de quoi vous parlez, bon, on interrompt cette incise ? – ne vous permettra jamais d’être cet espèce de mentor au savoir impeccable que les élèves écoutent avec vénération (aruhmT.arhumarhum), ou l’enseignante gouailleuse et érudite, capable de moucher un gaillard de deux mètres tout en domptant les subtilités du théorème de Thalèse (oui, L., c’est toi que je regarde).

Au fil des années, je me suis construit mon personnage. Ou plutôt, les personnages, que je parviens à sortir en fonction des classes et des situations. Récemment, je me suis aperçu que les 3èmes Daleks réagissait bien (quelle surprise) à ce mélange de professionnalisme et d’attitudes du 4ème Docteur, ce qui se traduit chez eux par une attitude plutôt bienveillante mais toujours un peu sur leurs gardes, parce qu’on ne sait jamais quand le prof, il décidera de demander pif paf, comme ça, à un élève de se lever et de réciter le début de Phèdre, si possible avec les grands gestes afférents. Un type un peu ché-per, mais qui arrive à montrer que les activités qu’ils proposent mènent quelque part.

Et emporté dans mon personnage, mon orgueil et l’envie de faire l’intéressant je commets une immense connerie.

“Monsieur, y a Amidala, elle a pas posé son carnet sur la table.
– Mais ta bouche toi !
– C’est pas grave on s’en fiche. Amidala, tiens, Ismène ! 
– Quoi Ismène ?
– Blonde, brune ?
– Euh blonde !
– Bingo, ça nous raconte quoi sur elle ?”

Voilà. Je suis un débile. Et je ne m’en rendrai compte qu’au bout de cinquante-cinq minutes. Pour le coup, je suis tellement fier d’avoir évité qu’Amidala se mette à bouder toute l’heure, sa grande spécialité, sous prétexte que tout le monde il est méchant avec elle, et puis un jour, elle partira très très loin, et elle sera très très triste.

Mais de quoi je parle, bon sang ?

Du carnet. Du carnet qu’elle aurait dû sortir. 
Parce que oui. Dans mon scénario, selon ce masque-là, le carnet on s’en fout, ce qui compte c’est le boulot, parce que le théâtre c’est bien, parce que les Daleks, je les considère comme des adultes.

Sauf que le carnet de correspondance sur la table, c’est obligatoire. Et il n’y a pas à tourner autour. Peut-être qu’à leur cours suivant leur prof fonde son autorité sur ce truc là. Le fait de pouvoir utiliser le carnet à tout moment, sans se lancer dans les interminables négociations : “Où est ton carnet ? / Je l’ai pas / Regarde dans ton sac / *fouille de 3 minutes*/ Je l’ai mais je vous le donnerai pas. / J’appelle un surveillant.” et on y passe l’heure. Bordel j’Y ai passé l’heure.

Qu’on me traite de vendu au système, mais là, j’ai eu honte. Pas de désobéir aux “invariants” – c’est le mot à la mode – du collège, mais, en mordant sur ce pacte commun, de créer une faille par laquelle les élèves se glisseront immédiatement. Ce sont des élèves, ils ont un instinct pour ça et c’est le jeu.

Donc ouais. Retour, encore, sur cette foutue autorité. Que j’ai cherché à atteindre toute l’année, que je touche vaguement du doigt et qui me montre qu’elle arrive toujours avec son lot de problèmes…

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