
Ce n’est pas vraiment à Ylisse. Mais c’est important.
Hier soir. Sans doute l’un des moments les plus heureux de ces derniers mois. Avec Monsieur Vivi, et C., un collègue prof d’EPS dont on serait tous jaloux à crever tant il est parfait, si ce n’était pour sa gentillesse absolue, nous sommes venus voir T. jouer en concert.
C’est totalement inracontable. Mais doux.
Nous discutons. C. et Monsieur Vivi parlent de leur groupe. Je commence une énième phrase par : “Bon, je ne suis pas musicien mais…” quand Monsieur Vivi me coupe, chose qui lui arrive une fois toutes les années bissextiles :
“Oui, et j’ai l’impression que tu complexes à propos de ça.
– Ben oui.
– Mais t’écris, fait C. avec son sourire habituel.
– Ouais, peut-être, je gribouille mais c’est pas… Enfin c’est pas sexy, l’écriture, tu n’es pas sur une scène, c’est chiant…”
Monsieur Vivi me fixe étrangement. Et puis il me parle. Précisément. Quelque chose a changé dans son attitude. Au milieu de cette improbable soirée, son masque de prof lui brille au creux de visage. Il m’explique sans affect inutile, ce qu’il ressent en me lisant. C. renchérit.
Quelque chose en moi décille. Cette nuit je suis l’élève. Pour une fois, exceptionnellement, c’est sur moi qu’ils exercent leur art. Je pense qu’ils ont raison. Que peut-être, cette distance ironique que j’appelle modestie, cette volonté de refuser de prendre les mots que je trace au sérieux est une erreur. Non, c’est pire. C’est destructeur, et pas très digne. Alors oui, peut-être que si je me prends pour un écrivain, pour un auteur, pour un metteur en mots, je finirais bouffi d’orgueil. Mais continuer à gribouiller en prétendant que ce qu’on fait n’a pas le moindre intérêt touche à la malhonnêteté. C’est ce que me révèle la parole dépourvue d’animosité de Monsieur Vivi.
Je suis un élève comme les autres. Je respire un grand coup. Je promets que je vais faire mieux. J’espère que ces résolutions tiendront au-delà des vacances.
Pour ces profs et amis. Et pour moi. Travaille pour toi. Il n’y a pas à sortir de là.