Vendredi 24 mars

Heure d’info syndicale. Depuis plusieurs mois, la grogne monte. Devant des promesses, renouvelées d’année en année “Oui, on fournira à votre collège plus de postes de surveillants.” “Oui, le prochain poste de CPE qui ouvre, il est pour vous.” “Oui, il arrêtera de pleuvoir dans les salles incessamment sous peu.” Depuis plusieurs mois, le mot de grève est sur les lèvres. Et cette fois-ci, il se matérialise. Plus qu’une sorte de catharsis, le ras-le-bol prend forme. Même s’il reste encore beaucoup d’étapes à franchir : le préavis, les communiqués, l’organisation. 
Mais assez. Assez de dire que tous les moyens sont mis sur l’Éducation à Ylisse, quand la Vie Scolaire lutte avec un personnel en sous-effectif complet, et que nous enseignons dans des conditions déplorables. Curiosité. Où cela va-t-il mener ?

Retour à des préoccupations beaucoup plus pragmatiques avec les 3èmes Daleks que je retrouve en co-enseignement avec B. Comme à chaque fois que nous leur faisons classe en commun, l’heure prend un tour assez improbable, entre ce môme qui, recherchant comment trier les infos sur Internet, se met à blaguer avec nous sur les articles les plus graveleux de Nordpresse, tandis que j’arrive à avoir une conversation d’adulte avec R. qui, presque spontanément,  comprend le comportement déplacé qu’il a eu à son dernier cours. 

Heure de midi. Je m’engouffre dans les toilettes. Très décontractée, M. tourne la tête vers moi quand je sors du box pour aller au lavabo. Je me sens verdir. Horreur et détestation, cauchemar éveillé, je suis entré dans les toilettes des filles par erreur, c’est mon inconscient, c’est ma distraction légendaire, je vais me faire virer par les RH, y a-t-il des RH dans l’Éducation Nationale ou juste une milice d’hommes en noir qui…

“Oh ! T’inquiète pas, y avait juste trop de monde dans les toilettes des filles !”

*syncope*

L’après-midi est plus tendu. Un môme de 6ème Glee se fait renverser par une voiture – il n’a rien – tandis que nous allons annoncer nos intentions de grèver avec Cheffe. Commentaire de Cheffe Adjointe : “Ça peut-être une expérience fédératrice et rigolote, de faire grève.”

Je ne comprends définitivement pas ce monde.

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