
En ce moment, l’un des termes qui me met le plus en colère (après “Mass Effect Andromeda”) est celui “d’école inclusive”.
L’école inclusive c’est quoi ?
Au départ, c’est une conception de l’éducation défendue par notre gouvernement, voulant que tous les enfants puissent être intégrés dans des classes d’établissements scolaires “classiques”, y compris des élèves ayant des handicaps moteurs ou mentaux. L’idée est séduisante et repose sur le postulat que cette inclusion permet à tous les mômes de s’épanouir en apportant sa force et sa différence au milieu dans lequel il apprend.
L’école inclusive est également l’une des plus grosses arnaques de ces dernières années : car d’une idée intéressante, une démarche qu’il aurait fallu mettre en place à l’aide de formations et de moyens, on est passé – à Ylisse en tout cas- à un n’importe quoi dégueulasse et culpabilisant.
À Ylisse, il y a deux ans, une section pour élève ULIS (élèves ayant des soucis d’apprentissages lourds) a été créée. L’idée était qu’un enseignant accompagnerait ces élèves, cherchant à surmonter avec eux leurs difficultés.
À ce jour, dans cette section, jamais aucun enseignant formé aux classes ULIS n’a été affecté.
Actuellement, c’est F., qui est de formation prof des écoles, qui gère cette section. Elle a appris sur le tas. Pour aider des élèves aux profils infiniment variés, de la 6ème à la 3ème, dont certains relèvent d’ULIS et d’autres… ben pas vraiment. F. est une sorte de créature divine, elle parvient à peu près à s’en sortir. Et c’est justement ça le problème. Sous prétexte que, à force de boulot et d’improvisation, elle maintient cet esquif à l’eau et parvient à vaguement faire comprendre les textes du brevet à M. et empêche A. de devenir une tornade psychotique qui poignarderait ses petits camarades à coup de fourchettes, on ne fait rien pour elle. Oh, et F. n’était pas titulaire du poste. Du coup l’année prochaine, merci bonsoir, elle sera dégagée.
Et ce problème n’est que le principal d’une multitude d’autres auquel nous faisons face en permanence : dans les équipes, un nombre infinitésimal de collègue est formé à l’accueil de ces mômes aux besoins tellement particuliers. Les CPE font ce qu’ils peuvent pour les briefer, les collègues aussi, mais ce sera toujours trop rapidement, parce qu’on a mille autres choses à faire. Et on se retrouvera avec cette gamine, dont on ignore si son problème de graphie vient d’une dyslexie sévère ou du fait qu’elle ne peut tout simplement pas écrire, avec ce môme qui bouffe en classe, et que tu ne peux pas reprendre comme les autres. Il y aura des Assistants de Vie Scolaire qui viendront aider les gamins : quand elles auront le temps, le bon emploi du temps, quand elles ne seront pas occupées par les autres classes. Et quand, elles aussi, on les aura formées. Parce qu’il serait enfin temps de se rendre compte que les savoir-faire ne viennent pas avec le titre.
Au-delà de ça, l’idée de l’école inclusive, c’est qu’il faut gérer. Parce que c’est la loi, et que si tu estimes qu’un gamin n’est pas à sa place dans ta classe, que tu n’arrives pas à lui enseigner, il y a forcément quelque chose qui cloche dans ta pratique, dans ta façon de faire.
L’école inclusive, c’est la triste histoire d’un trop grand nombre de mesures prises dans l’Éducation Nationale : de grandes et belles mesures, des mesures ambitieuses, auxquelles on ne donne jamais les moyens, humains, financiers, intellectuels, de s’exprimer. Alors ces mesures, en passant sur le terrain, se salissent. Deviennent des cas individuels à gérer, deviennent un couvercle que l’on met sur les populations qu’elles étaient censées aider – “oh hé, on fait plein de trucs pour les enfants handicapés, regardez l’école inclusive !” – que l’on va finalement oublier.
En ces temps d’élection présidentielles, j’aimerais, pour une fois, parler un peu sérieusement (pas trop, promis) : le regard que j’appelle de mes voeux, n’est ni un regard réformiste, ni conservateur. J’aimerais que la personne en charge de l’Éducation Nationale se penche sur cette invraisemblable pièce montée qui compose l’enseignement. Que l’on s’interroge sur chaque mesure, chaque réforme prise, que chacun soit examinée, en cohérence avec les autres. Et qu’on donne enfin aux milliers d’outils crées pour ce que l’on pense être le bien des élèves les moyens d’exister.
Ça urge.