Jeudi 6 avril

“Monsieur, y a quoi sur votre T-shirt ?”

“Monsieur, pourquoi vous avez toutes vos bagues à la main droite ?”

“Monsieur, c’est quoi ce gros livre en anglais ? Il est à vous ? Vous le lisez ?”

“Monsieur, je vous ai vu à la gare, vous prenez le train ?”

“Monsieur, pourquoi vous avez un pansement, vous vous êtes coupé ?”

De la 6ème à la 3ème. Des élèves les plus sociables aux irréductibles farouches. À Ylisse, le dénominateur commun est cette envie permanente d’en apprendre plus sur le prof. Et chacun d’entre nous gère cette débordante curiosité à sa façon. Entre ceux qui s’appliquent à se concentrer sur le savoir, ceux qui se montrent ironiques, ou répondent très directement.

Me concernant, j’ai petit à petit adopté une modalité que j’utilise dans l’écrit : celle du feuilleton. Je réponds à leur question, mais rarement, et de façon parcellaire.

“C’est une cabine téléphonique. Oui, elle est bleue, parce qu’elle est anglaise. Allez, on se remet à la recherche.”

“Parce qu’elles ont toutes un sens particulier.”

“Il s’appelle Ilium. Comme Ilion. Vous vous rappelez de quelle ville c’est l’autre nom ? Vous chercherez.”

Et ainsi de suite. 

C’est une pratique très mineure, mais très quotidienne, voilà pourquoi je l’évoque. Parce que ces petites touches me permettent, en préservant une distance – essentielle pour moi – entre eux et moi, de me montrer un brin plus humain. Et de nouer un autre type de lien, implicite. À force de vous lire, de vous écouter, j’en sais beaucoup sur vous. En voici un brin sur moi. 

C’est ainsi qu’échangent les êtres humains.

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