
Conversation à côté de moi, dans le métro l’autre jour. Il fait chaud, je viens de courir 42km, je ne suis clairement plus opérationnel. J’ai la tête affalée contre la vitre du wagon.
“Ah ouais, y avait le marathon de Paris ce matin !
– Mme Robin, elle a dit à la classe de mon frère qu’elle allait le courir.
– La blague ! Tu crois que les profs ils courent, pendant leurs vacances ?
– Bah j’en sais rien, ils font quoi tu crois ?
– Leurs trucs de profs ! Ils se retrouvent entre eux, ils parlent de leur cours, et après ils partent à la plage avec leurs enfants. Ils font pas des trucs… des trucs… des trucs BIENS quoi. Sinon ça serait pas des profs.”
Je n’ouvre pas les yeux, mais d’après les voix, je pense qu’il s’agit de lycéens. Donc même à cet âge-là, ça continue à nous poursuivre. Le prof, qui dort dans son casier, où se retire silencieusement entre deux paquets de copies. Au début je trouvais ça vexant. Maintenant, j’y vois une façon pour les mômes de se rassurer. Les profs, les AED, les CPE, l’administration, garants immuables de quelque chose dont on manque beaucoup en ce moment : la stabilité. Un adulte travaillant dans un établissement scolaire ne court pas de marathon, ne chante pas dans un groupe de musique, ne fait pas de moto : ce serait inquiétant. Ça voudrait dire qu’il peut être quelqu’un d’autre et, par conséquent, disparaître.
C’est d’ailleurs l’un des sujets de préoccupation de Cheffe à Ylisse, cette année : l’instabilité des adultes. En moyenne, un prof reste au bahut un peu moins de trois ans. Moins qu’un collégien. Avec mes trois ans d’ancienneté dans l’équipe de français, je serai l’année prochaine le deuxième “plus vieux” du groupe. Ça rajoute encore à l’agitation, à l’inquiétude des mômes.
En plus d’être enseignants, éducateurs, psychologues, infirmiers, assistants maternels, confidents, on doit être piliers.
Ça fait beaucoup.