
L’autre jour, je reçois un mail de N. N. est jeune prof de français, et a envie de demander sa mutation dans un collège de REP+. Elle me demande de lui décrire le collège Ylisse, afin de savoir s’il est susceptible de l’intéresser.
Je suis toujours complètement abasourdi et admiratif devant ce genre de personnes. Comme C., arrivée cette année, qui souhaitait également commencer sa carrière dans un bahut “classé”.
Les élections approchant, la fameuse antienne “mais comment attirer des profs dans les zones sensibles et non pas y foutre des profs néophytes qui n’ont rien demandé.” se représente. Et comme toujours, on propose de timides mesures : une petite rallonge financière, quelques points en plus qui permettront, paradoxalement, de quitter l’établissement au plus vite… et pas grand-chose d’autre. Zéro réflexion sur un accompagnement véritable dans le métier, sur des possibilités matérielles et humaines d’être véritablement accompagné, et formé, de mettre en place des projets véritablement intéressants.
Et le bel enthousiasme de N., de C. leur motivation et leur envie de se confronter à un public pas toujours évident dans un métier complexe ne sera absolument pas reconnu. Alors que ce sont clairement de ces collègues-là que les mômes ont besoin.
Dans mes rêves les plus fous, la première année d’un prof débutant en REP + serait une année transitoire. Non pas de stage, mais une période pendant laquelle les nouveaux collègues seraient prioritaires sur les formations qui les intéressent, auraient la possibilité d’enseigner aux côtés d’un autre collègue s’ils le souhaitent, disposeraient de temps pour débriefer entre eux ou avec des enseignants “aguerris”. Une vraie entrée dans le métier. Parce que se manger la réalité de travail de prof, au début, c’est compliqué. Plus encore dans des bahuts difficiles.
Et que oui, il faut prendre soin des nouveaux, et ne pas les jeter sous le rouleau compresseur du quotidien. Parce qu’ils ont les connaissances, l’énergie et l’enthousiasme. Et que c’est par eux avant tout que l’éducation pourra s’interroger, se réformer, évoluer.