
Parmi les phrases que j’essaye d’éviter de prononcer devant des élèves, il y a aussi : “vous allez voir, ce texte / ce roman / ce poème est génial.”
Il y a à cela pas plusieurs raisons : la première est que l’adolescent est un être contrariant, qui se construit beaucoup en opposition. Du coup, dévoiler son amour pour un récit peut être vu comme une provocation pour les mômes, qui examineront immédiatement d’un air suspicieux la feuille que le prof vient de leur distribuer avec un grand sourire niais.
D’autre part, un effet d’accoutumance est à craindre. Tout au long de leur scolarité, les chiards entendront parler avec des trémolos dans la voix de textes exceptionnels, dont ils ne saisiront pas forcément, ou pas immédiatement la beauté et l’importance. Comment, dès lors, pourraient-ils faire confiance à un prof autant qu’un autre.
Enfin, il y a l’envie de ne pas dévoiler la fin de l’histoire. Parce qu’il y a peu de moments dans ce boulot qui égalent en intensité ce moment où l’un des mômes lève la tête, des étoiles dans les yeux, pour lancer, sans lever la main, sans se soucier d’être pertinent, juste par passion : “Mais c’est trop bien en fait !”