Mercredi 19 avril

Remise de devoirs aux 3èmes Daleks.

C’est l’une des nombreuses fonctions du prof sur laquelle je n’arrive toujours pas à me positionner. Dois-je remettre les copies d’une voix caverneuse, façon Dark Vador lors d’une réunion de travail – “Votre manque de travail me consterne” – me la jouer coach de motivation de cross-fit – “Allez les chéris, ça pique mais c’est pour votre bien ! Alors maintenant on se sort les doigts de la trousse et on se remet au boulot !” – ou rester dans la sobriété totale ?

Les notes sont basses. Et j’en suis responsable. J’ai été tellement heureux de les voir bosser harmonieusement les semaines avant les vacances que je me suis laissé aller à des compliments que je ne sors que rarement. Résultat : un devoir bâclé, des réponses prouvant que les mômes ont bien compris, mais n’ont pas eu la volonté de se casser le ninnin à justifier.

Sauf M. et K.

M. et K. sont deux gamins absolument peu remarquables. Une discrétion peu commune pour des 3èmes d’Ylisse, et un sérieux silencieux. Ils ne lèveront presque jamais la main pour répondre, mais leur travail sera toujours fait, au maximum de leurs capacités. K. se bat depuis quatre ans contre une sévère dyslexie et a pris en compte tous les conseils qui lui ont été donnés. Il ne s’exprime à l’écrit qu’en phrases courtes, minimales si possibles. Il a ainsi appris à structurer sa pensée sans la moindre fioriture. Il va systématiquement à l’essentiel. 

Et pendant que les 3èmes Daleks s’agitent, râlent, lancent que c’est pas juste d’abord et que je suis rien qu’un méchant, j’aperçois K. et M. s’appliquant à déchiffrer leurs appréciations. Et rangeant leurs copies silencieusement, pour attendre la suite des consignes.

Je ne les monterai pas en exemple, ce serait déloyal de ma part. Mais je me permets un sourire. Petit hommage face au triomphe de ceux qu’on ne voit jamais.

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