Vendredi 12 mai

Aujourd’hui, B. est venu observer une journée de cours à Ylisse, dans différentes matières. B. est très souriant, jeune et presque éthéré. Il navigue sereinement dans les couloirs du bahut, notant nos méthodes de gestion de classe, nos apprentissages et nos habitudes.

Évidemment, B. est venu m’observer devant les 5èmes A(ïeaïeaïe). Je n’ai ces cinquièmes qu’une heure toutes les deux semaines (merci les EPI), autant dire qu’il y en a certains dont je ne suis pas sûr de connaître les noms. Il s’agit de notoriété publique d’une classe totalement immature, incapable de se concentrer plus de dix minutes et contestant la moindre décision du prof.

Et nous voilà en train de compléter en salle informatique un dossier de recherches sur les chevaliers de la Table Ronde. Entre deux “Wesh chacal, t’écris de la merde !” et un essai d’explication des consignes, je tente de survivre et d’éviter que ma tension n’atteigne des sommets déconseillés par l’OMS. Je signale donc d’un ton docte mais quelque peu agacé à P. que si elle continue à se dessiner une moustache au stylo bleu, j’achève le travail au marqueur indélébile, tel Ross (les vrais savent), tente de différencier le travail pour les deux élèves ULIS qui galèrent gentiment dans leur coin et fait les gros yeux à K., qui essaye de se la jouer gros caïd parce que, visiblement, être un élève poli, respectueux et curieux est passé de mode.

Je termine la séance en luttant très fort contre mon envie de démolir une paroi à coups de front. B. s’approche et d’une voix douce, me fait : “J’ai adoré ce mélange de douceur et de fermeté avec lequel tu gères ce groupe.”

Gérer ? Mais berdel de morde, B., j’ai géré QUE DALLE cette heure-ci ! Mais je t’envie, je crois. J’envie ton idéal aux murs encore bétonnés, le fait que, pendant la pause, tu aies lu des ouvrages pédagogiques, et ton impatience d’obtenir les résultats du CAPES pour savoir si tu pourras enfin enseigner. Ma curiosité un peu perverse me pousse quand même à me demander comment cet idéal s’est comporté face au lacrymo qu’un chiard a dégoupillé dans les couloirs.

Il n’y a aucune condescendance dans mes mots, B. Juste une interrogation. Au fond, c’est presque criminel que cette envie pure et massive des nouveaux collègues se heurte, dès les premières années, à ce que les ados peuvent avoir de plus hostile et pénible. Parce que c’est ce genre de motivation qui fait avancer les choses. 

Du coup bon courage, B. C’est le plus beau métier du monde. Mais il faut un sacré bouclier, humour, idéalisme, rigueur, envie, pour en profiter.

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