
Les sixièmes Glee marchent le long d’une langue de béton à peine posée dans le sable. Entre le collège gris clair et le centre culturel gris foncé. Bientôt, sur le terrain vague que nous traversons, s’élevera une médiathèque, un centre commercial, des constructions, toujours plus. Car on ne cesse de construire à Ylisse. Mais en attendant, des arbres très verts se découpent sur le ciel très bleu. Pour quelques mois encore.
Dans un seul mouvement, cinq ou six petites têtes se tournent.
“Monsieur, vous trouvez pas on dirait, derrière les arbres il y a la mer ?
– C’est vrai qu’avec beaucoup d’imagination…
– Oui ! Quand je pars en vacances en Normandie il y a un grand espace come ça !
– Et les couleurs c’est comme quand je vais en Algérie !
– Vous avez déjà vu la mer, monsieur ?
– J’en viens. Euh de Bretagne, je veux dire. Je viens de Bretagne où il y a la mer, oui.”
Dans le petit no man’s land, I. me raconte comment ses grands parents l’amènent goûter sur la plage et que le sable fait craquer les tartines. A. – je ne supporte plus A. – rigole avec moi quand je lui raconte que je me suis baigné avec une classe au Maroc. R. imite les surfers sur la plage. Tous ils échangent. Des souvenirs de vagues, d’écume et de sel, tandis que la bretelle d’autoroute rugit à quelques centaines de mètres.
Ylisse est le domaine du gris. Mais même lui ne résiste pas quand vingt-six mômes invoquent la mer.