
En ce moment, la cinquième dont T. est professeur principal dysfonctionne dans les grandes largeurs.
Enfin. Elle déraille sérieusement.
Bon, faisons simple, c’est absolument n’importe quoi. Les mômes sont irrespectueux entre eux, avec les adultes, ne se mettent plus au boulot et se comportent comme des caïds de troisième avec l’immaturité d’élèves de primaires.
Et rien n’y fait.
T. y met toute son énergie, parce qu’il est prof principal, parce qu’on a souvent tendance, quand on en parle, à dire “ta” classe, “tes” élèves, parce qu’être PP, c’est être un peu papa. Alors T. tente : plans de classes, mails aux équipes, rencontres avec les parents, réunions, équipes éducatives, sanctions. Ça ne change rien.
Plus j’avance dans ce métier, plus je suis convaincu qu’il y a dans la composition des classes un élément presque chimique qui peut vous sauter à la gueule si le mélange incorrect est effectué. Et le souci est que pronostiquer comment une classe tournera en cours d’année s’apparente à tenter de deviner la météo à six mois ou le prochain tweet de Donald Trump : dans tous les cas, on aura l’air ridicule. Parfois, tout fonctionne comme on s’y attendait, parfois – rarement – on a de bonnes surprises.
Et parfois, il y a la cinquième de T. Des gouffres à énergie et à bonne volonté. Parce que tout le bien et la tranquille lumière qu’il peut habituellement fournir à ses élèves sont ici dépensés en pure perte. Parce qu’il reste un mois, parce que nombreux sont ceux qui – légitimement – aspirent à attendre la fin de l’année que tout ce petit monde repasse à la moulinette des créations de classe.
Mais ce mur-là est terrible. Quand chaque année, on crée, à l’aide de petits papiers, des interactions humaines à l’aveugle. Parce qu’on n’a pas le choix.