
Dans la classe de sixième Glee, il y a S. S. me rend un peu triste, parce que j’ai l’impression qu’une année scolaire passée ensemble n’a pas changé grand-chose pour lui.
Une année scolaire, c’est long. Pour les adultes et plus encore pour les enfants, pour qui un an représente pas loin d’une vie. Quand je regarde la photo de classe, souvent prise en début d’année, je suis pris d’un léger vertige. Impression de contempler des étrangers. Les gamins avec qui je travaille en juin se sont métamorphosés, en positif comme en négatif. En humain quoi.
Sauf S. S. au début de l’année est le même que S. à la fin. Très en insécurité, et donc en recherche de reconnaissance à tous points de vue : S. a toujours, toujours un problème en début de cours. Un stylo qui manque, mal à la tête, mal à la jambe, untel qui s’est moqué de lui, une oreille qui le gratte. S. déteste travailler en groupe, parce qu’on le distingue moins. S. a oublié de changer de costume durant un spectacle, ce qui fait qu’on ne voyait que lui sur la scène.
CPE, profs et camarades ont passé du temps à essayer de l’intégrer, chacun à leur façon. Et ça n’a pas marché. S. a préféré, petit à petit, s’exclure du reste de la classe pour pouvoir continuer à attirer l’attention. Et les explications n’y font rien : ne pas être remarqué est pour lui une souffrance inouïe. Un renoncement de ce que son identité a de plus profond.
Et ça, je n’y peux rien. Pire, c’est à rebours de ce que toute la section musique du collège représente : il n’est pas obligé, pour y rester, d’être un “bon élève”, d’avoir un comportement exemplaire, ou un musicien doué. La seule chose qui distingue cette classe des autres, est la volonté d’appartenir à un projet commun et d’y apporter sa pierre. S. s’y refuse. Ou alors, il faudrait que sa pierre soit la seule. Ou beaucoup beaucoup plus imposante que les autres.
S. a des chances de quitter la section Glee l’année prochaine. Et ce sera un crève-coeur. Parce que sur la liste des échecs du prof, ne pas faire de différence est en première place.