Mercredi 14 juin

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Depuis ce matin, je suis, un peu médusé, un échange d’amabilités entre des lecteurs de mon fil twitter, dans lequel j’évoquais en 140 caractères ma journée fleuve d’hier. Lecteur 1 furax qu’un prof se plaigne, car il existe des métiers bien plus difficiles, lecteurs suivants signalant plus ou moins aimablement que ses propos traduisent une méconnaissance certaine de la profession d’enseignant.

Ce débat n’aura ni fin ni conclusion constructive car :

1. Il a lieu sur twitter. (je pourrais limite m’arrêter là)

2. Personne n’arrivera jamais à expliquer correctement le concept de travail invisible. La preuve je l’évoque souvent et tout le monde il fait rien qu’à pas m’écouter.

C’est l’une de mes antiennes : on peut être un excellent prof en accomplissant ses dix-huit heures de cours réglementaires et en en faisant un minimum chez soi, comme on peut violemment se galérer en bossant trois fois plus. Et l’inverse est vrai.

Le fait est que le travail du prof est extensible à l’infini. Que derrière les cours, se dissimulent les sempiternelles corrections de copie, les réunions, les rencontres avec les parents, la conception de cours qui peut prendre les apparences de gouffre de la vie sociale. Un prof peut choisir de devenir tuteur d’un élève, de concevoir un projet de voyage scolaire de sécher toutes les réunions.

Mes semaines de boulot tournent entre 22 et 50 heures. 

Et forcément, une telle plasticité est suspecte. Parce qu’en cela, notre boulot est unique.

Ce n’est pas sa seule spécificité. Nous sommes un corps de métier dont les résultats sont en grande partie un pari. Certes nous faisons progresser des élèves sur l’année. Mais les vrais bénéfices de notre formation n’apparaîtront que l’année, la décennie suivante. On ne cultive pas la logique, l’esprit critique et l’ouverture en dix mois. 

En résumé, nous travaillons de façon invisibles pour des résultats incertains.

Ce qui fait du corps enseignant une cible facile, évidente pour la critique. Et qui rend la défense hasardeuse. 
Du coup, je lutte de la façon la plus égocentrique qui soit : je décide que c’est moi qui ai raison. Que, comme toujours, je tape inlassablement contre un mur de diamant en me disant qu’à force de mes impacts, de tous ceux donnés par des profs avant moi, il finira un jour par céder.

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