
Si tu lis ce billet, tu :
– Es un prof en vacances, auquel cas sache que ce billet n’a que pour but de te faire souffrir gratuitement en faisant prendre l’air à mes instincts sadiques.
– Es un élève en vacances, ce billet te permettra de faire souffrir gratuitement un enseignant l’année prochaine, en faisant prendre l’air à tes instincts sadiques.
– Es un adulte pas en vacances, ce billet te permettra donc de connaître les points de faibles de ces feignassous d’enseignants, en attendant qu’on les remplace enfin par ces jeunes entrepreneurs plein d’avenir que sont les youtubeurs.
Car oui, parfois, il est bon d’être mauvais et c’est ce que je m’apprête à faire en te révélant l’un des secrets les mieux gardés de notre confrérie : cinq phrases qui font grimper les enseignants au plafond.
5. “Psst ! Quelle heure il est ?”
Un grand classique. Autant lors d’un contrôle, c’est le genre de phrase que l’on peut comprendre, autant lorsqu’elle est prononcée en plein milieu d’un cours ou d’une explication, elle peut aisément être traduite par “Par pitié, dites-moi que le temps ne s’est pas arrêté, je n’en. Peux. Plus.”
Bref, demander l’heure, c’est une attaque directe à notre ego, bien entendu surdimensionné.
La parade : Prendre le fils de l’intendant en otage, jusqu’à ce qu’il file chez Ikea pour acheter assez d’horloges pour équiper toutes les salles. Ou alors tu pousses le sadisme jusqu’à forcer le seul élève de la classe disposant d’une montre à clamer l’heure haut et fort tous les quarts d’heure, sous peine de retenue.
4. “Vous pouvez rester pour la réunion de ce soir ? Il nous manque VRAIMENT quelqu’un.”
À balancer de préférence quand on repère le prof en train de dévaler d’un pas joyeux les escaliers, son cartable sous le bras, en sifflotant le Bolero de Ravel ou le dernier PNL.
L’observation du visage de la victime se révèlera tout à fait fascinante, passant de l’incompréhension à l’incrédulité, puis au désespoir, tandis que ses plans de corrections de copies histoire d’être en avance devant une petite série tranquillou billou s’écrouleront. Points bonus si tu lui balances le nom du mort de l’épisode de Game of Thrones qu’il s’apprêtait à regarder ce soir.
La parade : Tous les coups sont permis. Tu as laissé ton chat paralytique sur le rebord de l’escalier de la douche en marche près du compteur électrique de ta grand-mère paralytique. Ou alors ce dernier cours avec la 3ème D t’a privé d’audition et te voilà momentanément sourd. Ah là là, quel dommage.
3. “Vous pouvez recommencer ? J’ai pas tout à fait compris.”
Pour une efficacité maximale, à répéter trois ou quatre fois, quelques secondes avant que le prof ne termine son explication, en ouvrant de grands yeux ingénus, tout emplis du désir d’apprendre, dans lesquels on lit que vraiment, tu voudrais bien comprendre, mais que là, c’est vraiment pas clair. Si la veine temporale apparaît clairement, genre bas-relief étrusque, c’est gagné.
La parade : “En effet, j’ai du mal m’exprimer. Fadwa, tu veux bien expliquer à ton camarade, et au reste de la classe ? Ça me permettra de voir si vous avez tous bien assimilé.”
Et paf. Tu passes en plus pour un prof qui n’hésite pas à sortir de la transmission du savoir descendant, qui cherche à mettre ses élèves au centre des apprentissages, hashtag réforme du collège, hashtag moi je suis hype.
2. “Tu as du mal avec les 5ème B ? Avec moi, ils sont adorables !”
L’arme ultime si tu ne peux pas encadrer un collègue. Car évidemment, ce que l’on adore entendre quand une classe prend ta salle de cours pour une annexe du Macumba Bar-Bowling-Karaoké-Dancefloor, c’est qu’en fait, il s’agit d’un groupe de petits angelots et que c’est toi, vilain moche méchant, qui ne fait rien qu’à les traumatiser et qu’au fond, tu n’es rien qu’un mauvais prof.
La parade : Sourire, et s’exclamer d’une voix enthousiaste : “Mais c’est génial, comment fais-tu ? Je peux venir te voir dans ton cours ?” et au besoin filer 20 euros à Clément pour qu’il foute le dawa audit cours.
1. “Encore en vacances ? Ça va la vie de fonctionnaire ?”
Le classique des classiques, celui que les profs entendent depuis le sortie de formation et qui les poursuivra jusqu’à leur retraite. Facile à placer, et aisément repris par l’assistance si tu es en public.
La parade : En a-t-on vraiment besoin ? Tu peux te lancer, si tu en as la force et l’énergie, dans un débat enflammé. Sur notre temps de travail réel ; notre salaire par rapport à nos études (mais on n’est pas payé dix mois, hein. Ça c’est pas vrai, faut éviter de le dire.) ; nos avantages quasi-inexistants ; notre absence de médecine du travail ; nos rôles multiples pour lesquels nous ne sommes pas formés, et j’en passe…
Tu peux tenter de comprendre en quoi notre boulot exaspère et de saisir ce que le type en face a à reprocher à ta position.
Ou tu peux juste te dire que finalement, on sait exactement pourquoi on fait ce boulot, en pleine conscience de ses avantages et de ses inconvénients et de profiter de ces deux mois que, crois-moi, tu es très loin d’avoir volé.
Bonnes vacances !