Lundi 28 août

Il y a bientôt dix ans, lors de ma première rentrée, j’ai rencontrée M. M. était à peu près tout mon opposé : le calme olympien et le verbe haut, la répartie qui fait mouche et une rigueur impressionnante. Petit schtroumpf prof, j’ai décidé de voir en elle mon mentor, chose qu’elle a accepté de bonne grâce, ce qui prouve également sa grande patience. Parce que quand j’admire quelqu’un, j’ai tendance à le suivre pas à pas en rigolant très fort au moindre truc qui pourrait passer pour un trait d’humour (vous êtes prévenus).

Parmi les nombreux enseignements que j’ai retenu de M., il y a eu celui-ci : “Détache-toi totalement du boulot pendant les grandes vacances, parce qu’après, tu mets ton masque et tu plonges.”

Ce qu’elle avait oublié de me dire, c’est que se détacher du boulot prend du temps. Mais comme je l’ai souvent dit ici, c’est essentiel. Les années passant, j’ai appris à construire des cloisons assez étanches que je suis capable de baisser ou monter presque à volonté. 

Parce que le boulot de prof est démentiel.

Entendons-nous bien. Je n’ai pas dit qu’il était plus difficile qu’un autre. Dans l’absolu, oui, il est difficile, mais mon expérience ne me permet pas de le jauger par rapport à d’autres (sauf à celui de démarcheur téléphonique, après quoi même des adolescents hargneux de quatrième me paraissent le summum de la politesse, et à celui de ramasseur d’échalotes qui est quand même un peu moins épanouissant intellectuellement, sauf avec la classe de 5ème Pampa à laquelle je ne repense plus que mon médecin a soigné mon ulcère.)

Mais démentiel. Je ne reviendrai pas là-dessus. 

Car ce que l’on va nous demander, c’est, cinq jours par semaine, de nous donner, intellectuellement et pédagogiquement à cent mômes – pour ceux qui ont le moins d’élèves – de mettre en place tous les moyens pour que chacun d’entre eux, avec ses points forts et ses points faibles, avec ses histoires d’avant et après la classe, réussisse à tirer quelque chose des 55 minutes qu’il passe avec nous, au milieu de tous les profils individuels de ses camarades. Ce qu’on va nous demander, c’est de rendre une série de directives mises en places parfois depuis longtemps, parfois depuis quelques mois, parfois oubliées parce qu’on ne sait pas qu’en faire cohérentes. D’en faire les outils qui armeront les élèves intellectuellement.

On va nous demander d’être d’obéissants fonctionnaires et des artistes de la pédagogie, des exécutants rebelles, mais pas trop. 

La marge de liberté d’un prof est immense, malgré des consignes apparemment extrêmement précise : preuve supplémentaire, s’il en est besoin, que le mystère de l’éducation est encore loin d’être résolu.

Alors que nous reste-t-il à faire, nous profs débutants, aguerris, profs mercenaires ou par vocation ? 

Peut-être juste à croire en nous, en la vision de l’enseignement que nous voulons faire passer. Devenir le prof qu’on rêve d’avoir.

C’est parti.

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