
Cette année, comme chaque année depuis que je suis arrivé au collège Ylisse, j’enseigne à des troisièmes.
Cette année, j’ai décidé de combattre l’un de mes comportements d’enseignant les plus nocifs les concernant.
Cette année, je ne leur parlerai du brevet que lorsque ce sera absolument nécessaire.
C’est l’une des postures dont je retire le moins de fierté : me servir du brevet comme d’une arme de dissuasion. Lorsque les premières difficultés de comportement se dévoilent, lorsque je ne veux pas perdre de temps à chercher la réponse adaptée… Parfois même lorsque je veux juste asseoir mon autorité en début d’année.
“Attention, hein, cette année, il y a le brevet.”
Je me déteste rarement autant que dans ces moments là. Parce que cet argument n’en n’est pas un, parce que cette phrase n’a aucun sens, parce qu’en faisant ça, je nie l’intelligence des mômes et l’intérêt de mon cours.
Fermez vos gueules, et avalez ce que j’ai préparé, parce que de toutes façons, au bout, il y a l’échéance qui vous force à tout engloutir, quelle que soit la qualité de mon boulot de prof.
Un cheat code, un bâton que je brandis et qui montre que je suis encore le prof néo-titulaire, perdu face à sa classe, criant que de toutes façons, s’ils ne se taisaient pas “ils allaient voir”.
Le brevet n’a pas vraiment besoin de moi pour être sujet à polémiques et à discrédit. Mais le boulot que les élèves effectuent mérite mieux.
Alors cette année, pas de brevet, hormis juste avant les examens blancs, hormis avant l’échéance finale, hormis pour calmer leurs angoisses.
Juste par fierté.