
Heure de vie de classe avec les 5ème Glee. Oulan a le bâton de parole à la main, c’est un rapporteur jaune “comme ça c’est original monsieur, et beaucoup plus beau, vous ne trouvez pas ?” (Les cinquième Glee sont d’étonnants apprentis esthètes). Oulan parle avec dans la gorge une émotion qu’elle a du mal à définir. Probablement parce que son mode d’expression premier est le mécontentement et que là, c’est autre chose :
“Je voulais dire que je suis déçue du départ de certains élèves de la classe cette année.”
Je porte un regard affolé sur les six nouveaux et m’apprête à protester quand Oulan secoue la tête.
“Je suis contente qu’il y ait des nouveaux, seulement l’année dernière, on a fait plein de trucs avec ceux qui sont partis, on a beaucoup rigolé, on a chanté ensemble, on a fait des choses incroyables et maintenant, on les voit à peine.
– Oulan, vous les croisez tous les jours, ils n’ont pas déménagé…
– Oui mais c’est pas… c’est pas… c’est pas pareil. On se parle plus, ou alors ou sait pas quoi se dire…”
Elle souffle à nouveau, de frustration. Ce qu’elle a à dire est immense et il lui manque le vocabulaire. Autour d’elle, nombreux sont ceux qui hochent la tête.
Déjà, les cinquièmes Glee expérimentent la perte, se rendent compte que ce projet musical qu’ils aiment de plus en plus n’est pas un privilège, ni un sanctuaire, qui les protège du reste du monde. C’est un moment à la fois merveilleux et angoissant, par sa fugacité.
Les mômes apprennent l’éphémère, et par là-même, ce qui est précieux. Une leçon immense, belle et douloureuse. Si c’est ma dernière année à Ylisse, je veux les accompagner sur le chemin de cette réalisation. Pour qu’ils apprennent à forger leur propre bonheur.