
Bon. J’ai les troisièmes Max de 16h à 17h… Ça va être compliqué… Voyons voir… J’entame par une petite activité sympa genre étude de l’image… Oui, ils aiment ça, les études d’image… et pour que ça ne tourne pas en dawa total, je termine par une petite dictée. Pourquoi je ne fais pas de dictée plus souvent ? Ça se corrige vite, les parents adorent, et ça fait vraiment progresser les élèves.
Ah. C’est vrai.
“Les troisième, comme je vous l’ai annoncé, on va faire une dictée.
– KOUUUUUA ? D’où on fait une dictée ?
– Je l’avais annoncé il y a trois jours ET c’était sur Pronote.
– Monsieur, moi mon Pronote il marche pas !
– Ça va être noté ?
– Il a dit quoi, le prof ?
– Qu’on aura une dictée !
– Quand ça ?
– Mais taisez-vous, euh, il attend !”
Ah. J’ai des souvenirs qui commencent à remonter. Et deux trois réminiscences de crises d’angoisse aussi…
– BREF. Comme je le disais, dictée. Ça va être comme au brevet. Je vais lire trois fois. TROIS FOIS. Pas une, pas deux, trois. La première fois, vous n’écrivez pas. La deuxième, je lis lentement, vous écrivez. Et la troisième, vous vérifiez que vous n’avez oublié aucun mot. Tout le monde à compris ?
– Ouiiiiiiii !
– Paaarfait. Vous prenez tous une feuille…”
*Apocalypse instantanée dans la classe. Trois chaises se renversent, les fournitures volent et l’ambiance sonore monte d’environ trois milliards de décibels. Je tente de parer aux six urgences qui se sont présentées.*
“Nina qu’est-ce que vous faites à ouvrir la fenêtre ?
– Ben en fait, mon paquet de feuilles je l’ai prêté à Mehdi, qui est dans la cour en bas et il me l’a pas rendu et WESH GROS TU ME RAMÈNES MES FEUILLES !
– Nan mais Nina, c’est trop tard, là, vous en empruntez.
– Qui c’est qu’a des feuilles ?
– Non on dit, “Qui peut me prêter une feuille ?” et on le dit moins fort et…
– Monsieur, c’est noté ?
– C’est quoi, qui est noté ?
– Monsieur on fait sur le cahier ?
– Oui ! Non !
– Non quoi ? On fait pas sur le cahier ?
– Tout le monde prend une feuille et je blgrgrgh..
– MONSIEUR VOUS BAVEZ SUR MA FEUILLE !
– Ç’pas ta feuille bâtard, c’est la mienne !
– On est le combien ?”
Je finis par taxer sa pochette de feuilles au pauvre Clive qui est le seul à en avoir et me lance dans une distribution frénétique, tout en promettant audit Clive que je lui augmenterai sa note de cinq points s’il ne me dénonce pas à ses parents et à Cheffe.
“Maintenant, on commence…
– Monsieur on écrit quoi sur la feuille ?
– Physique quantique.
– Ah ouais ?
– Et aussi “Pensez à m’apprendre ce qu’est le sarcasme.”
– C’est long, comme titre.
– … Écrivez juste “Dictée 1.”
– Vous êtes bizarre, monsieur. Et rouge aussi.
– Si vous voulez. Je commence à lire. “Le 8 janvier 1990….”
*Choeur affolé.*
“MONSIEUR VOUS ALLEZ TROP VIIIIIIIIIITE !
– J’ai dit que la première fois, je lisais juste et qu’on écrivait PAS !
– C’était pas clair, non plus.”
*Je termine ma lecture, tout en promettant que le prochain que j’entends prononcer le moindre mot finira dans le septième cercle de l’enfer ou, pire, en colle une heure avec moi.*
“Allez, cette fois c’est à vous de jouer. Il y a des questions ?
– Oui. C’est noté ?
– On fait ça sur feuille ?
– Il y a des questions par quelqu’un d’autre que la section Alzheimer de la classe ?
– Monsieuuuuuur ! Ça se fait pas, ils sont pas allemands, ils sont algériens !
– Je… Pardon ?
– Vous venez de les traiter d’allemands, là, non ?
– Non Bill, je viens juste de frôler l’anévrisme parce que je veeeeux faire ma dictéééééée !
– Oui, oui, on y va !
– Tout le monde écrit. Alinéa : “Le 8 janvier 1990″.
– Il y a une virgule après alinéa ?
– Alinéa ça veut dire passer. Deux. Carreaux. Et se taire. “Le 8 janvier 1990, l’ascenseur me cracha au dernier…
– AAATTENDEZ, c’est long à écrire, 1990 !
– Les dates peuvent être écrites en chiffres.
– En quoi ?
– En chiffres.
– Quels chiffres ?
– Les chiffres ! 1, 2, 3 !
– Aaaah les numéros ! Attendez, je barre… Ah mince, c’est sale maintenant ! Quelqu’un a une feuille ?”
*driiiiing !*
“Ah ben monsieur, ça sonne ! La prochaine fois, faudra la commencer moins en retard, votre dictée !”