
Bien sûr qu’on a tous nos chouchous. Quand on est prof, le chouchou, ce n’est pas que la friandise que Pennac décrit parfaitement. Le chouchou, c’est l’élève qui te donne de la force. Celui pour qui tu vas affronter deux heures de 3ème Max. Celui qui fait que tu ressors d’une heure avec l’impression de vraiment avoir été prof. D’avoir été légitimé dans ce que tu es.
Après, en effet, faut pas le montrer. Même si eux ils savent.
Benvolio, il sait. Cet après-midi, il m’a envoyé un message. Parce que l’autre jour, Solange a demandé si la gentillesse est une qualité un défaut.
“Une qualité.
– Ça dépend. Vous, monsieur, vous l’êtes trop, et ça peut se transformer en défaut.”
J’ai répondu par une pirouette – je lui ai mis deux heures de colles en faux, elle a joué l’élève terrorisé, tout le monde a rigolé, parce que les Glee aiment le théâtre – mais le reproche était, très respectueusement, là.
Et donc Benvolio. Qui m’écrit pour un truc totalement scolaire. Et conclut sa bafouille : “En tout cas, j’espère que plus tard, je serai trop gentil comme vous.”