Vendredi 6 octobre

“Monsieur, je peux vous envoyer un truc que j’ai écrit ?”

Mina est une gamine vive, enthousiaste, au débit de voix un peu haché. Je l’ai eu une année en latin, ça n’avait pas été très probant. Visiblement ses parents tenaient plus qu’elle à ce qu’elle en fasse, et elle m’avait couvé d’un regard hargneux jusqu’à ce qu’elle obtienne enfin l’autorisation d’arrêter. 

Cette année par contre, métamorphose. Mina est en passe de sortir physiquement du collège. C’est un truc indéfinissable mais que je remarque invariablement chez les mômes qui viennent nous voir après avoir obtenu leur brevet. Ils se tiennent plus droit. Savent que faire de leurs bras, qui ne brinquebalent pas ici et là, arrivent à vous regarder dans les yeux sans gêne ni agressivité. Mina a presque tout ça. Quand elle ira en seconde – ça me paraît quasi-certain – elle se redressera des quelques millimètres qui manquent encore et sera prête pour ses aventures à elle. De collégienne, elle deviendra tout ce qu’elle veut.

En attendant, elle se tient devant moi, un large sourire sur les lèvres. 

“Je… ah euh… bien sûr.”

J’ai bafouillé, j’en déduis que ce doit être important. Je bafouille toujours aux moment cruciaux. Je lui file le mail destiné aux élèves. 

Moins de douze heures après “Une fiction que j’ai écrite” atterrit dans ma boîte.
Un texte plein à craquer de promesses d’un style, de potentiel, de manque de lectures essentielles, de maladresses sur lesquelles on peut bâtir.

Mina qui demande une réponse, et qui demande aussi, à n’en pas douter, à être nourrie intellectuellement. Même si je me fous de la gueule de ceux qui le font à l’oral, l’expression qui me vient à l’esprit est anglaise : “Step up your game” “Revois ton boulot à la hausse.” Mina en a besoin, et elle n’est sans doute pas la seule. Ce genre de rappels est toujours bénéfique.

En attendant, il y a ses deux pages en police 12 times new roman. Ces moments-là sont délicats, comme les petits ressorts d’un mécanisme d’horlogerie : trouver les mots qui ne seront ni trop convenus ni trop abscons, éviter les phrases qui pourraient faire douter ou même blesser. 

Le week-end pour y réfléchir.

Laisser un commentaire