
Énorme vague d’optimisme à la rencontre parents-professeurs d’aujourd’hui.
Avec Eleonor, la collègue de maths, nous recevons Ronnie et sa maman. L’entretien se déroule de façon fort classique : les projets de début d’année, la jeune fille expliquant ce qu’elle apprécie, ses difficultés, nous dans notre rôle d’adulte, écoutant et proposant des solutions.
La fin de l’entretien approche.
“Il y a autre chose que vous souhaitez ajouter, Ronnie ?
– Ben il y a le problème d’un camarade qui m’insulte mais…”
Elle se mord les lèvres. Ronnie “adore les histoires”, elle le confessait bien volontiers la veille, dans un grand éclat de rire. Elle me regarde, c’est l’un de ces moments intangibles, essentiels. Ces moments où les élèves consultent l’adulte : ce que tu m’as appris est-il vrai, au fond ? Je m’applique à ne pas bouger. À ne rien renvoyer d’autre que l’attitude dans laquelle je me trouve, d’écoute et d’analyse. Dis ce que tu veux Ronnie, je te respecte trop pour t’influencer, d’une manière ou d’une autre.
Finalement elle se décide.
“… Non en fait, on en parlera en classe, il n’est pas là pour se défendre.”
Les beaux yeux sombres de sa mère s’écarquillent.
“Ah bon ? C’est comme ça que ça se passe dans votre classe ?”
J’ai une sotte bouffée d’orgueil. Il y a dans la phrase de Ronnie toute la culture humaniste que Monsieur Vivi tente de transmettre à ses élèves, et qu’il a souvent l’occasion de professer aux sections Glee. “Regarde”, lui-dis mentalement “tu as réussi. Dans cet endroit où la pire insulte est “balance”, où les mômes peuvent être sans pitié une fois qu’ils se tournent le dos, il y a de la loyauté.. Nous avons encore des planètes entières à parcourir, mais aujourd’hui, on en est là. J’ai réussi à maintenir cet espace dans lequel tu as pu leur apprendre l’essentiel : être de bonnes personnes.”
Délire vaniteux. Mais il y a sur le visage de Ronnie un petit rayon de soleil, qui en ce samedi matin passé à l’ombre des tours d’Ylisse, me rend profondément et totalement heureux.